interdépendantes » et, selon lui, l’écologie « élargit simplement les
frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes
et les animaux, collectivement, la terre ». C’est cette vision globale de la
nature, avec l’accent mis sur la communauté biotique, l’ensemble des êtres
vivants interdépendants, qui fait de Leopold, selon son grand successeur
Baird Callicott, le pionnier des philosophies écologiques – et
particulièrement du courant de l’éthique écocentrée.
L’écocentrisme permet d’échapper aux travers qu’entraînent le
biocentrisme ou l’anthropocentrisme. Le biocentrisme consiste à
reconnaître une valeur intrinsèque à chaque entité vivante, toutes étant
considérées comme ayant une valeur propre et non substituable l’une à
l’autre. Quant à l’anthropocentrisme, il développe une représentation de la
nature instrumentalisée autour de la fin dernière qu’est l’humanité
90
.
On pourrait dire que l’écocentrisme dépasse et réconcilie biocentrisme
et anthropocentrisme – puisque humains et non-humains appartiennent
également à la même communauté vivante de la Terre, ce qu’on appelle
aujourd’hui biodiversité.
Ainsi, comme l’écrit l’anthropologue Philippe Descola
91
, professeur au
Collège de France, « il est désormais difficile de faire comme si les nonhumains n’étaient pas partout au cœur de la vie sociale, qu’ils prennent la
forme d’un singe avec qui l’on communique dans un laboratoire, de l’âme
d’une igname visitant en rêve celui qui la cultive, d’un adversaire
électronique à battre aux échecs ou d’un bœuf traité comme substitut d’une
personne dans une prestation cérémonielle. Tirons-en les conséquences :
l’analyse des interactions entre les habitants du monde ne peut plus se
cantonner au seul secteur des institutions régissant la vie des hommes
comme si ce que l’on décrétait extérieur à eux n’était qu’un conglomérat
anomique d’objets en attente de sens et d’utilité ».
Quant à Catherine et Raphaël Larrère, ils attirent fort justement notre
attention sur les conditions du succès vers ce qui est, finalement, un
changement radical de perspective : « Sans l’enracinement local des
éthiques écocentrées, on ne peut résister à l’uniformisation économique.
C’est dans la singularité du bon usage que l’on peut s’opposer à
l’équivalence générale de l’utilité. Cependant, les difficultés de
l’articulation du local et du global exigent des relais politiques, où traiter la
crise, où articuler notre respect pour la nature et notre vie dans des
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