valeur économique de toute chose ne nous dit rien sur la valeur intrinsèque
de ladite chose. C’est vrai de la biodiversité, comme de la Joconde ou de
Notre-Dame de Paris… ainsi que de chacun d’entre nous !
Quant à l’économie, faut-il rappeler qu’elle s’intéresse aux sociétés
humaines et qu’on ne saurait en réduire le champ à ses seuls sous-produits
financiers. Selon Amartya Sen
85
, prix Nobel d’économie en 1998,
l’économie a deux racines, deux origines, toutes deux liées au politique
mais de manière différente, l’une s’intéressant à l’éthique, l’autre à ce qu’il
appelle la mécanique. La tradition éthique, qui remonte au moins à Aristote,
s’intéresse à la fois au « comment doit-on vivre ? » et à ce que la société
accomplit pour tenter d’y répondre. Quant à la tradition mécaniste, elle
s’intéresse avant tout aux questions de logistique plutôt qu’aux fins ultimes.
Pour Amartya Sen, « l’économie moderne s’est trouvée considérablement
appauvrie par la distance qui a éloigné l’économie de l’éthique ».
L’économie dominante s’entend. Car l’économie est traversée par d’autres
courants de pensée que celui qui sous-tend le néo-libéralisme sauvage. Dans
le cas particulier qui nous concerne ici, les écosystèmes, la biodiversité, les
ressources renouvelables, on pourra se tourner vers les approches
développées, entre autres, par Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009
et spécialiste de l’économie des biens communs
86
.
Humains et non-humains réconciliés
Un siècle a passé depuis que Darwin nous livra les
premières lueurs sur l’origine des espèces. Nous savons à
présent ce qu’ignoraient avant nous toute la caravane des
générations : que l’homme n’est qu’un compagnon voyageur
des autres espèces dans l’odyssée de l’évolution. Cette
découverte aurait dû nous donner, depuis le temps, un désir
de vivre et de laisser vivre ; un émerveillement devant la
grandeur et la durée de l’entreprise biotique.
Aldo Leopold, 1949.
L’émergence des philosophies de l’environnement
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