fait fondamental lie l’homme d’une manière très étroite à l’ensemble du
monde vivant, dont il ne forme qu’un élément » (p. 21).
Mais, dans l’usage qui commence à être fait de ce concept, on sent
poindre un risque réel de dérive : sous couleur d’apporter de la crédibilité
économique à la biodiversité, on va bientôt voir celle-ci disparaître derrière
ce nouveau mot à succès. Ainsi Bonneuil et Azam
82
craignent que le
sommet Rio + 20 de juin 2012 ne cède au rêve de l’économie verte. Plutôt
que de tirer les leçons de l’échec des dispositions prises à Rio 1992 en
matière de protection de l’environnement, il pourrait consacrer l’arrivée des
entreprises privées aux commandes directes de l’action publique
internationale. En d’autres termes, loin de se plier à la proposition d’un
Nicolas Georgescu-Roegen ou d’un René Passet – qui remonte aux
années 1970 – qui suggèrent de penser l’économie comme un sousensemble des cycles naturels de la biosphère, le projet de l’« économie
verte » ne serait rien d’autre que la poursuite du raisonnement qui asservit
ceux-ci à la sphère économique et financière.
De fait, dès lors que l’on a admis que le rouleau compresseur qui
menace la biodiversité n’est pas tant Homo sapiens lui-même, pauvres
humains qui ne cherchent qu’à vivre, que le système économique et
financier qu’il a laissé lui échapper, on voit mal comment y soumettre la
biodiversité en la rebaptisant « services écologiques » pourrait contribuer à
la sauver. Albert Einstein n’aurait-il pas dit : « On ne peut pas résoudre un
problème avec le même raisonnement que celui qui a conduit à le créer » ?
Voilà pourquoi il faut voir les choses différemment, revenir au tissu vivant
planétaire et à ses vertus prodigieuses… et écouter les philosophes
83
.
Sans prendre au pied de la lettre cette recommandation provocatrice de
Weintraub (2008), qui intitule son article dans Science consacré à un
ouvrage de Stephen A. Marglin
84
: « D’abord, tuer les économistes », il
convient d’être attentif aux risques que dénonce Marglin : « En promouvant
les relations de marché, les économistes sapent la réciprocité, l’altruisme et
l’obligation mutuelle, et de ce fait la nécessité de la communauté. Les bases
mêmes de l’économie, en justifiant l’expansion des marchés, conduisent
inexorablement à l’affaiblissement de la communauté » – et à la poursuite
de l’érosion implacable de la biodiversité, sauvage et domestique.
Sans tomber dans un antiéconomisme primaire dont on trouve
régulièrement trace dans l’histoire de l’économie, il faut rappeler que la
monde vivant, dont il ne forme qu’un élément » (p. 21).
Mais, dans l’usage qui commence à être fait de ce concept, on sent
poindre un risque réel de dérive : sous couleur d’apporter de la crédibilité
économique à la biodiversité, on va bientôt voir celle-ci disparaître derrière
ce nouveau mot à succès. Ainsi Bonneuil et Azam
82
craignent que le
sommet Rio + 20 de juin 2012 ne cède au rêve de l’économie verte. Plutôt
que de tirer les leçons de l’échec des dispositions prises à Rio 1992 en
matière de protection de l’environnement, il pourrait consacrer l’arrivée des
entreprises privées aux commandes directes de l’action publique
internationale. En d’autres termes, loin de se plier à la proposition d’un
Nicolas Georgescu-Roegen ou d’un René Passet – qui remonte aux
années 1970 – qui suggèrent de penser l’économie comme un sousensemble des cycles naturels de la biosphère, le projet de l’« économie
verte » ne serait rien d’autre que la poursuite du raisonnement qui asservit
ceux-ci à la sphère économique et financière.
De fait, dès lors que l’on a admis que le rouleau compresseur qui
menace la biodiversité n’est pas tant Homo sapiens lui-même, pauvres
humains qui ne cherchent qu’à vivre, que le système économique et
financier qu’il a laissé lui échapper, on voit mal comment y soumettre la
biodiversité en la rebaptisant « services écologiques » pourrait contribuer à
la sauver. Albert Einstein n’aurait-il pas dit : « On ne peut pas résoudre un
problème avec le même raisonnement que celui qui a conduit à le créer » ?
Voilà pourquoi il faut voir les choses différemment, revenir au tissu vivant
planétaire et à ses vertus prodigieuses… et écouter les philosophes
83
.
Sans prendre au pied de la lettre cette recommandation provocatrice de
Weintraub (2008), qui intitule son article dans Science consacré à un
ouvrage de Stephen A. Marglin
84
: « D’abord, tuer les économistes », il
convient d’être attentif aux risques que dénonce Marglin : « En promouvant
les relations de marché, les économistes sapent la réciprocité, l’altruisme et
l’obligation mutuelle, et de ce fait la nécessité de la communauté. Les bases
mêmes de l’économie, en justifiant l’expansion des marchés, conduisent
inexorablement à l’affaiblissement de la communauté » – et à la poursuite
de l’érosion implacable de la biodiversité, sauvage et domestique.
Sans tomber dans un antiéconomisme primaire dont on trouve
régulièrement trace dans l’histoire de l’économie, il faut rappeler que la
