L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire a pu être saluée
comme une étape majeure dans la lutte en faveur de la biodiversité. De fait,
au-delà de l’impressionnante synthèse des connaissances que représente ce
bilan international, qui mobilisa plus de 13 000 experts, il a le double
mérite : (1) de lier explicitement états et fonctionnement de la biodiversité
et des écosystèmes au bien-être des hommes et de leurs sociétés ; (2) de
faire accepter, pour cela, le concept de service écosystémique. On l’a vu à la
fin du chapitre 2.
Si l’on revient au débat précédent, il est clair qu’on entérine ici
définitivement une vision utilitariste de la nature, en la « sacralisant » par
un cadrage scientifique apparemment rigoureux. Lorsque cette approche est
critiquée, on lui oppose généralement la bonne intention : c’est la seule
façon, dans un monde dominé par l’économie, soumis aux « lois du
marché », de faire accepter des investissements en faveur de la biodiversité.
Ainsi, Claude Combes suggère de répondre au citoyen indifférent à la
disparition de telle ou telle espèce apparemment insignifiante dans une forêt
perdue ou sur un rivage ignoré : « Elle fabriquait peut-être la molécule qui
vous aurait sauvé
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! »
Mais revenons, sous un angle plus philosophique, à cette idée de
service rendu par les écosystèmes, que j’appellerai simplement « service
écologique ». On en trouverait la trace chez George Perkins Marsh (1864)
et elle transparaît chez Aldo Leopold. Le mot « service » apparaît
également sous la plume de Jean Dorst. Mais une véritable théorisation du
concept, dans sa forme moderne, ne commence à diffuser dans les
communautés intéressées par la biodiversité (chercheurs et protecteurs de la
nature) qu’avec le Nature’s Services de Gretchen Daily (1997) – qui précise
en sous-titre Societal Dependence on Natural Ecosystems – puis, plus
largement dans la société, avec le MEA. Faire prendre conscience de notre
dépendance vis-à-vis de la nature et du fait que celle-ci fonctionne comme
un tout, où chaque espèce apporte sa contribution et tire son profit, ne peut
qu’être positif. C’est bien ce sur quoi insistait Jean Dorst lorsqu’il écrivait :
« En fait, en dépit de tous les progrès de la technique et d’un machinisme
devenu envahissant, en dépit de la foi que professent la plupart de nos
contemporains en une civilisation mécanique, l’homme continue de
dépendre étroitement des ressources renouvelables et avant tout de la
productivité primaire, la photosynthèse en représentant le stade premier. Ce
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