XXI e siècle « nature sauvage », comme si nous n’étions pas là ; comme si
Homo sapiens était devenu la seule espèce pestiférée, à exclure pour que le
vivant retrouve ses droits ?
Le philosophe de l’écologie Baird Callicott
80
nous répond
magistralement : « L’idée traditionnelle de nature sauvage, apparemment
simple, ne résiste pas à l’examen. Tout d’abord, le concept perpétue la
dichotomie de la métaphysique occidentale prédarwinienne entre l’homme
et la nature, bien qu’il en inverse les termes. […] Ensuite, l’idée de nature
sauvage est affreusement ethnocentrique. Elle ignore la présence historique
et l’impact des populations indigènes sur presque tous les écosystèmes du
monde. Et enfin, elle ignore la quatrième dimension de la nature : le temps.
Au cours d’un récent débat, H. Ken Cordell et Patrick C. Reed ont affirmé
catégoriquement que “la préservation implique la cessation du
changement”. Mais dans les écosystèmes, le changement est aussi naturel
qu’inévitable […]. »
Oui, nous avons besoin de la parole de philosophes. Et c’est bien ce
que veut défendre Patrick Blandin qui plaide pour que l’on s’engage dans
ce domaine « vers une éthique évolutionniste ». À sa façon, Jean Dorst
attirait déjà notre attention dans ce sens : « Mais la conservation de la
nature sauvage doit aussi être défendue par d’autres arguments que la raison
et notre intérêt immédiat. Un homme digne de la condition humaine n’a pas
à envisager uniquement le côté utilitaire des choses. […] Quelles que soient
la position métaphysique adoptée et la place accordée à l’espèce humaine
dans le monde, l’homme n’a pas le droit de détruire une espèce de plante ou
d’animal, sous prétexte qu’elle ne sert à rien. […] Un humble végétal, un
insecte minuscule contiennent plus de splendeurs et plus de mystères que
les plus merveilleuses de nos constructions. […] La nature sauvage ne sert à
rien, disent les technocrates actuels. […] Mais le Parthénon ne sert à rien
non plus ; le raser permettrait d’aménager des immeubles qui abriteraient
une population actuellement mal logée. Notre-Dame de Paris est
complètement inutile, en tout cas mal placée ; en abattant ses tours et ses
transepts, on faciliterait la circulation et on pourrait aménager des
“parkings” […] » p. 452-453.
La nature, entre conservation et exploitation
Homo sapiens était devenu la seule espèce pestiférée, à exclure pour que le
vivant retrouve ses droits ?
Le philosophe de l’écologie Baird Callicott
80
nous répond
magistralement : « L’idée traditionnelle de nature sauvage, apparemment
simple, ne résiste pas à l’examen. Tout d’abord, le concept perpétue la
dichotomie de la métaphysique occidentale prédarwinienne entre l’homme
et la nature, bien qu’il en inverse les termes. […] Ensuite, l’idée de nature
sauvage est affreusement ethnocentrique. Elle ignore la présence historique
et l’impact des populations indigènes sur presque tous les écosystèmes du
monde. Et enfin, elle ignore la quatrième dimension de la nature : le temps.
Au cours d’un récent débat, H. Ken Cordell et Patrick C. Reed ont affirmé
catégoriquement que “la préservation implique la cessation du
changement”. Mais dans les écosystèmes, le changement est aussi naturel
qu’inévitable […]. »
Oui, nous avons besoin de la parole de philosophes. Et c’est bien ce
que veut défendre Patrick Blandin qui plaide pour que l’on s’engage dans
ce domaine « vers une éthique évolutionniste ». À sa façon, Jean Dorst
attirait déjà notre attention dans ce sens : « Mais la conservation de la
nature sauvage doit aussi être défendue par d’autres arguments que la raison
et notre intérêt immédiat. Un homme digne de la condition humaine n’a pas
à envisager uniquement le côté utilitaire des choses. […] Quelles que soient
la position métaphysique adoptée et la place accordée à l’espèce humaine
dans le monde, l’homme n’a pas le droit de détruire une espèce de plante ou
d’animal, sous prétexte qu’elle ne sert à rien. […] Un humble végétal, un
insecte minuscule contiennent plus de splendeurs et plus de mystères que
les plus merveilleuses de nos constructions. […] La nature sauvage ne sert à
rien, disent les technocrates actuels. […] Mais le Parthénon ne sert à rien
non plus ; le raser permettrait d’aménager des immeubles qui abriteraient
une population actuellement mal logée. Notre-Dame de Paris est
complètement inutile, en tout cas mal placée ; en abattant ses tours et ses
transepts, on faciliterait la circulation et on pourrait aménager des
“parkings” […] » p. 452-453.
La nature, entre conservation et exploitation
