avec cette bonne intention, la convention sur la diversité biologique s’estelle donné pour objectifs : « la conservation de la diversité biologique,
l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des
avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques, notamment
grâce à un accès satisfaisant aux ressources génétiques et à un transfert
approprié des techniques pertinentes… » (article 1).
On sent dans ce texte l’arrière-fond de négociations et de compromis
qu’il suppose entre les intérêts des uns – qui veulent protéger la nature – et
ceux des autres, qui veulent en tirer profits.
Pour Christophe Bonneuil et Geneviève Azam
77
, « il s’agirait donc de
conserver la biodiversité par la mise en marché, supposée équitable, de ses
éléments, les ressources génétiques ». C’est une vision utilitariste qui
s’impose ainsi : la biodiversité est un faisceau de ressources. Celle-ci,
soulignent Bonneuil et Azam, ne pouvait que satisfaire la logique
industrielle et libérale. Et la course au brevetage généralisé du vivant se voit
consacrée par la CDB dans son article 16.5. Avec, toutefois, deux limites
imposées à cette marchandisation : (1) la souveraineté nationale sur les
« ressources biologiques » est reconnue (article 15) ; et (2) les fruits des
innovations tirées de ces ressources doivent être partagés avec les
communautés locales (article 8 j. et 15).
Pour Bonneuil et Azam, ce paradigme de Rio, « privatiser et
marchandiser pour conserver », est le produit de l’idéologie économique
dominante : on sacralise d’un côté le marché et la propriété privée, et l’on
dévalorise de l’autre le domaine public et le domaine des communs (celui-ci
encore très vivace – et souvent durablement efficace dans les pays du Sud
78
),
au nom de l’efficience économique.
Si l’on revient aux sources, à l’époque de John Muir, un concept
apparaissait central, concept propre à la culture nord-américaine – celui de
wilderness, de nature « sauvage » ou inviolée. Avec l’émergence puis le
succès du concept de biodiversité – succès dont certains redoutent qu’il ait
emporté la nature – naît une sorte de nostalgie, voire d’allergie à cet
alignement « raisonnable » dans le sillage de la pensée dominante
utilitariste. Et une réponse : il ne suffit pas de bien gérer la biodiversité, il
faut veiller au maintien de la naturalité ; il faut sauvegarder la capacité
évolutive du vivant dans une nature restée sauvage
79
. Que veut dire au
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