courants de pensée qui subsistent aujourd’hui étaient déjà manifestes au
tournant des années 1950, à la mort d’Aldo Leopold oserais-je dire (1948).
Ainsi, cette évolution a marqué l’histoire de l’UICN. On dispose à cet
égard de l’excellente synthèse publiée en 2009 par Patrick Blandin
76
.
On a pu dire que, avec la publication dès 1980 de la Stratégie
mondiale de la conservation, l’UICN franchissait un pas décisif, dans le
droit-fil de l’évolution de nos sociétés. De fait, le sous-titre ne pouvait être
plus explicite : La Conservation des ressources vivantes au service du
développement durable. Les uns ont salué ce virement stratégique, qui
rompt avec les politiques préservationnistes conçues dans l’esprit d’un John
Muir et jugées hostiles aux humains et aux besoins de leurs sociétés.
D’autres, comme Patrick Blandin, attirent notre attention sur le caractère
possiblement pervers de ce basculement : « La nature s’estompe au profit
des ressources vivantes. » De fait, la véritable préoccupation, ce sont bien
les ressources naturelles, ajoute Patrick Blandin, et la « nature » n’est plus
guère évoquée dans l’ensemble du document.
Quant à la Global Biodiversity Strategy qui paraît à l’occasion du
sommet de la Terre à Rio de Janeiro douze ans plus tard, elle enfonce le
clou. Dans sa préface, signée par le président du WRI, le directeur général
de l’UICN et le directeur exécutif du PNUE, on peut lire : « La
conservation de la biodiversité est fondamentale pour le succès du
processus de développement. Comme le montre cette stratégie mondiale de
la biodiversité, la conservation de la biodiversité ne consiste pas
simplement à protéger la faune et la flore dans des réserves naturelles. Il
s’agit aussi de sauvegarder les systèmes naturels de la Terre qui forment le
support de notre vie, de purifier l’eau, de recycler l’oxygène, le carbone et
d’autres éléments essentiels, de maintenir la fertilité des sols, etc. » On ne
parle pas de services écologiques… mais l’idée y est, souligne Patrick
Blandin. Il n’est pas indifférent, insiste-t-il, de quitter définitivement (?) la
protection, pour passer à la conservation, puis insidieusement à la gestion :
des changements lourds de sens, commente Patrick Blandin.
Au moment où se concocte la convention sur la diversité biologique,
qui sera ratifiée à Rio en 1992 dans le cadre d’un sommet planétaire sur
l’environnement et le développement, l’une des idées dominantes était que
la protection de la nature ne parvenait pas à être efficace parce que les
forces vives de la société en ignoraient l’intérêt. Il fallait y remédier. Ainsi,
Précédent

- 603/621

Suivant