comme précurseur de ce qui envahit l’agenda politique dans les
années 1990 sous le nom de sustainable development, de « développement
durable ».
Dans son analyse critique des philosophies de l’environnement et de
leur émergence aux États-Unis, Catherine Larrère distingue un troisième
courant né dans la première moitié du XX e siècle avec le développement de
l’écologie et marqué par la pensée évolutionniste. Le porte-drapeau de ce
courant d’« éthique de la terre » est Aldo Leopold (1887-1948), dont l’essai
paru en 1949, après sa mort, ouvrage de vulgarisation, l’Almanach d’un
comté des sables, connaît un grand succès outre-Atlantique
75
. Ce courant
associe les apports théoriques et pratiques des sciences écologiques et des
sciences sociales pour mettre en œuvre des pratiques conservationnistes
orientées vers l’objectif d’une biosphère durable.
Historiquement, le symbole des politiques de protection de la nature
fut la création de réserves puis la mise en place de parcs nationaux, acte par
lequel les États endossent cette responsabilité collective de « protéger la
nature ». De quoi ? Des atteintes des hommes devenus trop envahissants,
eux et leurs actions. Pourquoi ? Pour ménager à ces derniers, inconscients
des dommages qu’ils provoquent, directement ou indirectement, la
possibilité de jouir durablement des beautés que nous offre la Nature ! C’est
sur cette base qu’a été créé, par exemple, le premier parc national, celui de
Yellowstone aux États-Unis. C’était en 1872 et cela se fit au prix d’une
guerre avec les Indiens Shoshones – et beaucoup de morts ! Il y avait bien
quelque chose qui… clochait dans cette politique de mise sous cloche de la
nature… Comme si on n’avait pas compris que nous avions notre place
dans cette aventure du vivant. Comme si on n’avait pas appris, depuis
l’Origine des espèces de Charles Darwin (1859), que la caractéristique
majeure de ce tissu vivant planétaire, sa diversité, est perpétuellement
entretenue par les jeux du hasard et de la sélection naturelle – par
l’Évolution.
Quelle place laisse-t-on à l’Évolution dans nos politiques de
conservation de la biodiversité ? Quelle place voyons-nous pour Homo
sapiens ? Les politiques de protection de la nature ont significativement
évolué depuis les années 1960, quand fut publié Avant que nature meure –
même si les idées qui s’y expriment émergèrent bien avant : les principaux
années 1990 sous le nom de sustainable development, de « développement
durable ».
Dans son analyse critique des philosophies de l’environnement et de
leur émergence aux États-Unis, Catherine Larrère distingue un troisième
courant né dans la première moitié du XX e siècle avec le développement de
l’écologie et marqué par la pensée évolutionniste. Le porte-drapeau de ce
courant d’« éthique de la terre » est Aldo Leopold (1887-1948), dont l’essai
paru en 1949, après sa mort, ouvrage de vulgarisation, l’Almanach d’un
comté des sables, connaît un grand succès outre-Atlantique
75
. Ce courant
associe les apports théoriques et pratiques des sciences écologiques et des
sciences sociales pour mettre en œuvre des pratiques conservationnistes
orientées vers l’objectif d’une biosphère durable.
Historiquement, le symbole des politiques de protection de la nature
fut la création de réserves puis la mise en place de parcs nationaux, acte par
lequel les États endossent cette responsabilité collective de « protéger la
nature ». De quoi ? Des atteintes des hommes devenus trop envahissants,
eux et leurs actions. Pourquoi ? Pour ménager à ces derniers, inconscients
des dommages qu’ils provoquent, directement ou indirectement, la
possibilité de jouir durablement des beautés que nous offre la Nature ! C’est
sur cette base qu’a été créé, par exemple, le premier parc national, celui de
Yellowstone aux États-Unis. C’était en 1872 et cela se fit au prix d’une
guerre avec les Indiens Shoshones – et beaucoup de morts ! Il y avait bien
quelque chose qui… clochait dans cette politique de mise sous cloche de la
nature… Comme si on n’avait pas compris que nous avions notre place
dans cette aventure du vivant. Comme si on n’avait pas appris, depuis
l’Origine des espèces de Charles Darwin (1859), que la caractéristique
majeure de ce tissu vivant planétaire, sa diversité, est perpétuellement
entretenue par les jeux du hasard et de la sélection naturelle – par
l’Évolution.
Quelle place laisse-t-on à l’Évolution dans nos politiques de
conservation de la biodiversité ? Quelle place voyons-nous pour Homo
sapiens ? Les politiques de protection de la nature ont significativement
évolué depuis les années 1960, quand fut publié Avant que nature meure –
même si les idées qui s’y expriment émergèrent bien avant : les principaux
