Toute l’histoire de la protection de la nature, miroir de nos sociétés, est
marquée par un balancement entre romantisme et utilitarisme. Balancement
qui tourne tantôt à l’affrontement, tantôt à la conciliation.
Protéger la nature ou accompagner la biodiversité
Nos relations à la nature… une vieille histoire ! Ne remontent-elles pas
aux origines mêmes de notre lignée humaine ? Une histoire riche et
complexe qui a marqué nos cultures et leur diversité. Je laisserai cela à
d’autres spécialistes
72
pour me cantonner à notre civilisation occidentale et
son histoire de la protection de la nature, en ciblant évidemment sur
l’évolution des idées, des pratiques et des stratégies qui s’est dessinée au
cours des dernières décennies du XX e siècle et qui devrait marquer le
XXI e siècle. C’est ce qui préoccupait Jean Dorst et il y est d’ailleurs revenu
avec un souffle plus philosophique dans La Force du vivant en 1979
73
.
Comparativement à l’histoire de l’agriculture, premier virage décisif
dans nos relations avec la nature – et de nos relations entre nous par rapport
à la nature – qui nous reporte quelque dix mille ou douze mille ans en
arrière, celle de la protection de la nature est relativement récente ainsi que
l’explique Jean Dorst : elle commence au XIX e siècle.
Deux courants s’y manifestent dès l’origine
74
, symbolisés l’un par John
Muir (1838-1914), l’autre par Gifford Pinchot (1865-1946).
Le premier, baptisé d’« éthique préservationniste » par Catherine
Larrère, traduit une vision romantique et transcendantale : la Nature est un
temple grandiose où l’Homme peut communier et « toucher » son créateur,
dans la droite ligne des philosophes et poètes Ralph Waldo Emerson (18031882) et David Thoreau (1817-1862). La nature, donc le vivant – on dira
aujourd’hui la biodiversité –, a une valeur intrinsèque.
Le second, qualifié d’« éthique de la conservation des ressources »,
traduit la montée en puissance en Occident de visions utilitaristes et
anthropocentrées. Visions qui s’opposent à l’approche mystique de Thoreau
ou Muir en présentant la Nature comme un assortiment de choses définies
par leur utilité ou leur nuisiblilité pour l’Homme. Avec comme objectif,
dans l’usage des ressources naturelles, « le plus grand bien pour le plus
grand nombre et pour le plus longtemps », Gifford Pinchot s’inscrivait
marquée par un balancement entre romantisme et utilitarisme. Balancement
qui tourne tantôt à l’affrontement, tantôt à la conciliation.
Protéger la nature ou accompagner la biodiversité
Nos relations à la nature… une vieille histoire ! Ne remontent-elles pas
aux origines mêmes de notre lignée humaine ? Une histoire riche et
complexe qui a marqué nos cultures et leur diversité. Je laisserai cela à
d’autres spécialistes
72
pour me cantonner à notre civilisation occidentale et
son histoire de la protection de la nature, en ciblant évidemment sur
l’évolution des idées, des pratiques et des stratégies qui s’est dessinée au
cours des dernières décennies du XX e siècle et qui devrait marquer le
XXI e siècle. C’est ce qui préoccupait Jean Dorst et il y est d’ailleurs revenu
avec un souffle plus philosophique dans La Force du vivant en 1979
73
.
Comparativement à l’histoire de l’agriculture, premier virage décisif
dans nos relations avec la nature – et de nos relations entre nous par rapport
à la nature – qui nous reporte quelque dix mille ou douze mille ans en
arrière, celle de la protection de la nature est relativement récente ainsi que
l’explique Jean Dorst : elle commence au XIX e siècle.
Deux courants s’y manifestent dès l’origine
74
, symbolisés l’un par John
Muir (1838-1914), l’autre par Gifford Pinchot (1865-1946).
Le premier, baptisé d’« éthique préservationniste » par Catherine
Larrère, traduit une vision romantique et transcendantale : la Nature est un
temple grandiose où l’Homme peut communier et « toucher » son créateur,
dans la droite ligne des philosophes et poètes Ralph Waldo Emerson (18031882) et David Thoreau (1817-1862). La nature, donc le vivant – on dira
aujourd’hui la biodiversité –, a une valeur intrinsèque.
Le second, qualifié d’« éthique de la conservation des ressources »,
traduit la montée en puissance en Occident de visions utilitaristes et
anthropocentrées. Visions qui s’opposent à l’approche mystique de Thoreau
ou Muir en présentant la Nature comme un assortiment de choses définies
par leur utilité ou leur nuisiblilité pour l’Homme. Avec comme objectif,
dans l’usage des ressources naturelles, « le plus grand bien pour le plus
grand nombre et pour le plus longtemps », Gifford Pinchot s’inscrivait
