eau bien contrôlée et autres facteurs propices à des productions élevées, loin
de la complexité, de la diversité et, tout simplement, de la réalité écologique
des environnements naturels des agriculteurs, notamment du Sud – et plus
encore de leurs environnements économiques et sociaux. La nouvelle
révolution verte, pour profiter à tous, doit être applicable socialement et
économiquement dans des conditions très variées et changeantes, et
écologiquement soutenable. Cela suppose qu’elle s’appuie réellement à la
fois sur les savoirs et ressources indigènes et sur les acquis les plus récents
de l’écologie. C’est donc d’une révolution doublement verte dont nous
avons besoin, une révolution qui soit, à la fois, plus productrice que la
première et plus « verte » en termes de conservation des ressources
naturelles et de sauvegarde de l’environnement. Mais il est clair, comme le
souligne Michel Griffon, qu’il s’agit bien là d’un changement de
paradigme, au sens où les pratiques mises en œuvre dans les deux cas
obéissent à des principes et des règles radicalement différents.
Il s’agit en effet de passer de l’artificialisation la plus complète
possible du milieu naturel à l’inscription des systèmes de production dans le
cadre des écosystèmes locaux ; de renoncer à la spécialisation des
productions avec la standardisation des cultivars et des techniques pour
promouvoir la diversification des productions et des systèmes de culture ;
de ne pas rechercher la protection absolue et l’éradication des maladies et
des ravageurs potentiels mais plutôt une gestion de la diversité de l’agroécosystème et du paysage en vue d’une production durable et de qualité où
les envahisseurs potentiels restent contenus. Au-delà d’un renouvellement
de technologie, c’est un changement complet de logique, qui implique une
rupture dans la pensée opératoire de l’agriculteur. Une logique inspirée et
étayée par les développements de l’écologie. [On parle d’écoagriculture
quand on s’intéresse aux pratiques, à la mise en œuvre, ou d’agroécologie
quand on veut évoquer la science qui s’y exprime.]
C’est donc bien un changement de culture que prônent l’agroécologie
et l’écoagriculture
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– la première partant plutôt de l’agriculture, la seconde
de l’écologie. Si l’usage contemporain du terme « agroécologie » remonte
aux années 1970 et ne s’est épanoui qu’à la fin des années 1980 et dans la
décennie 1990, les pratiques de l’agroécologie sont aussi vieilles que les
origines de l’agriculture. De fait, plus on se penche sur ce que certains
appellent avec dédain les agricultures indigènes, plus il devient évident que
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