Partisan de la nature contre l’homme, comme John Muir, ou esprit
pragmatique proche de la philosophie utilitariste de Gifford Pinchot ? Bien
difficile de le dire, même si l’homme de science qu’était Jean Dorst penche
clairement dans le sens de Pinchot. Ainsi écrit-il (p. 27) : « Il est urgent que
cesse un vieil antagonisme entre les protecteurs de la nature et les
planificateurs. Il faut sans doute que les premiers comprennent que la survie
de l’homme sur terre exige une agriculture intensive et la transformation
profonde et durable de certains milieux, et qu’ils abandonnent de ce fait
beaucoup de préjugés sentimentaux, dont certains ont nui gravement à la
cause qu’ils défendent. »
C’est dit ! Mais je reviendrai sur la philosophie « conservationniste »
de Avant que nature meure, dont on verra qu’elle est plus subtile qu’il n’y
paraît dans cette citation, pour m’en tenir ici à l’impératif agricole que
défend aussi Jean Dorst – après un détour par l’écologie.
Lorsque Jean Dorst préparait Avant que nature meure, aux État-Unis
l’écologue Robert MacArthur et le biologiste Edward Wilson (1963, 1967)
concevaient puis promouvaient la théorie de la biogéographie des îles qui
remettait en avant la (vieille) relation entre richesse spécifique des
peuplements (animaux et végétaux) et surface des habitats considérés et
donnait un nouveau relief aux relations dérivées, entre effectifs des
populations et leurs probabilités de survie, et entre ces effectifs et la
superficie des milieux favorables. Plus cette superficie est grande et plus les
effectifs sont élevés.
En d’autres termes, les espèces ont besoin d’espace – et nous aussi !
Tel est bien le problème pour l’humanité du XXI e siècle et c’est ce que
soulignent tous les auteurs, qu’ils se préoccupent de préservation des
écosystèmes (MEA 2005) ou de comment nourrir 7 milliards d’humains
aujourd’hui et 9 à la mi-temps du siècle
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. Ce grand défi du XXI e siècle,
Jean Dorst l’avait donc clairement entrevu et énoncé.
Faut-il spécialiser nos relations au territoire en partageant celui-ci entre
espaces protégés d’un côté et surfaces dévolues à une agriculture intensive
de l’autre ? Ou bien doit-on plutôt s’orienter vers une coadaptation spatiale
entre besoins de la biodiversité et nécessités agricoles elles-mêmes
diversifiables
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? À noter ici que Jean Dorst évite le piège de la dichotomie
nature/agriculture en énonçant qu’il convenait de distinguer trois types
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