humains, suppose en effet que nous ménagions
62
la Terre. En apprenant à la
partager avec les non-humains – mais aussi entre humains !
Comment se partager l’espace
Le diagnostic de Jean Dorst, tel qu’il transparaît tout au long de son
livre, peut s’énoncer comme suit : le problème majeur entre humains et
non-humains est de l’ordre d’une concurrence pour l’espace – et les
ressources que celui-ci renferme. Cette préoccupation, qui est au cœur de
son analyse des perspectives démographiques de notre espèce et des
impacts qui en découlent, s’adosse à l’importance qu’il accorde à
l’agriculture et obéit à la vision profondément écologique qui sous-tend tout
l’ouvrage. L’attention à la terre, aux sols
63
, à l’ampleur et la qualité des
milieux naturels est omniprésente dans la pensée de Jean Dorst. Nécessités
pour la nature, pour la survie des espèces ; sources de vie et de civilisation
pour l’Homme – avec, entre la nature originelle et la nature transformée,
entre la nature et la culture, l’agriculture. On devrait dire les agricultures.
En cela, il rejoint à bien des égards, avec une fibre plus naturaliste et plus
scientifique, le forestier américain Aldo Leopold, grand précurseur de
l’éthique environnementaliste qui émergera dans les années 1970.
Mais relisons Jean Dorst (p. 238) : « On s’aperçoit […] qu’un certain
équilibre entre la forêt, la prairie et le champ doit être maintenu, d’une
manière très variable suivant les facteurs physiques du milieu
64
. Cet
équilibre agro-sylvo-pastoral a fait la richesse de l’Europe occidentale et
moyenne, en même temps que ses paysages harmonieux. Il a fait la
prospérité d’une partie de l’Asie et du nord-est de l’Amérique du Nord où
ces méthodes ont été appliquées par les colons aux longues traditions
agricoles venues d’Europe. C’est pour l’avoir négligé que les agriculteurs
devenus businessmen ont ruiné les grandes plaines du centre des États-Unis
et les savanes et forêts claires d’Afrique et de l’Amérique tropicale. La
monoculture aura été une calamité que nous risquons de payer très cher,
tout comme les conséquences des remembrements agricoles qui posent des
problèmes géomorphologiques graves s’ils sont faits d’une manière
inconsidérée. »
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la Terre. En apprenant à la
partager avec les non-humains – mais aussi entre humains !
Comment se partager l’espace
Le diagnostic de Jean Dorst, tel qu’il transparaît tout au long de son
livre, peut s’énoncer comme suit : le problème majeur entre humains et
non-humains est de l’ordre d’une concurrence pour l’espace – et les
ressources que celui-ci renferme. Cette préoccupation, qui est au cœur de
son analyse des perspectives démographiques de notre espèce et des
impacts qui en découlent, s’adosse à l’importance qu’il accorde à
l’agriculture et obéit à la vision profondément écologique qui sous-tend tout
l’ouvrage. L’attention à la terre, aux sols
63
, à l’ampleur et la qualité des
milieux naturels est omniprésente dans la pensée de Jean Dorst. Nécessités
pour la nature, pour la survie des espèces ; sources de vie et de civilisation
pour l’Homme – avec, entre la nature originelle et la nature transformée,
entre la nature et la culture, l’agriculture. On devrait dire les agricultures.
En cela, il rejoint à bien des égards, avec une fibre plus naturaliste et plus
scientifique, le forestier américain Aldo Leopold, grand précurseur de
l’éthique environnementaliste qui émergera dans les années 1970.
Mais relisons Jean Dorst (p. 238) : « On s’aperçoit […] qu’un certain
équilibre entre la forêt, la prairie et le champ doit être maintenu, d’une
manière très variable suivant les facteurs physiques du milieu
64
. Cet
équilibre agro-sylvo-pastoral a fait la richesse de l’Europe occidentale et
moyenne, en même temps que ses paysages harmonieux. Il a fait la
prospérité d’une partie de l’Asie et du nord-est de l’Amérique du Nord où
ces méthodes ont été appliquées par les colons aux longues traditions
agricoles venues d’Europe. C’est pour l’avoir négligé que les agriculteurs
devenus businessmen ont ruiné les grandes plaines du centre des États-Unis
et les savanes et forêts claires d’Afrique et de l’Amérique tropicale. La
monoculture aura été une calamité que nous risquons de payer très cher,
tout comme les conséquences des remembrements agricoles qui posent des
problèmes géomorphologiques graves s’ils sont faits d’une manière
inconsidérée. »
