humains n’en étaient pas partie prenante ! C’est ce dont prend acte l’Unesco
qui organise en septembre 1968, avec la participation des Nations unies et
la coopération de l’UICN et du PBI, ce que l’on appellera la conférence de
la biosphère.
Le secrétaire général en était le Français Michel Batisse, sous-directeur
général pour les sciences à l’Unesco. La conférence, présidée par un autre
Français, le professeur François Bourlière, collègue et ami de Jean Dorst,
proclame que la nature ne peut être mise sous cloche comme le plaidaient
ses premiers protecteurs ; au contraire, utilisation et conservation des
ressources naturelles devaient aller de pair ; et cela appelle un effort de
recherche et le recours à des approches interdisciplinaires.
Forte de cet appel, l’Unesco se met au travail… et lance officiellement,
en 1971, le programme MAB dont l’objectif est de développer des
approches interdisciplinaires à propos des relations entre humains et
écosystèmes. Elle propose la mise en place sur l’ensemble de la planète de
réserves de biosphère. Les premières sont établies en 1974, à l’initiative des
acteurs des territoires concernés. On en compte aujourd’hui plus de 580 – et
il s’en crée de nouvelles chaque année – réparties sur 110 pays
55
.
De quoi s’agit-il ? Tout simplement de véritables laboratoires in situ
d’expérimentation du développement durable à l’échelle de régions fortes
d’une cohérence sociale et culturelle autant qu’écologique, telles les
Cévennes ou la Camargue pour la France, par exemple. Ce programme,
auquel les communautés scientifiques tant des sciences de l’homme que des
sciences de la nature devraient davantage s’intéresser, répond pleinement à
la double attente formulée explicitement par Jean Dorst : « La nature ne
sera pas sauvée contre l’homme, elle doit l’être parce que cela constitue la
seule chance de salut matériel pour l’humanité en raison de l’unité
fondamentale du monde dans lequel nous vivons » (p. 446) ; et : « Mais les
réserves intégrales ne sont pas seulement des conservatoires intangibles
d’habitats et d’espèces ; elles constituent également des laboratoires
naturels, ouverts à des recherches scientifiques susceptibles de n’apporter
aucune perturbation grave et irrémédiable au milieu en accord avec le
principe même de ce type de réserve » (p. 405).
Des frontières s’ouvrent…
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