voracité prédatrice s’apprêtent maintenant à l’asservir corps et âme. La libre
Nature au service de « ces gens-là », quelle horreur !
Cela dit, les naturalistes ont raison : les écosystèmes ne nous
fournissent rien. Ce sont les humains qui retirent des services du
fonctionnement des écosystèmes – et c’est le cas de toutes les espèces.
Toutes, en effet, en tant que constituantes des écosystèmes, contribuent aux
services que toutes en retirent, conformément à l’idée de la vie comme
tissu, réseau d’interactions. Comprendre le concept de service
écosystémique exige d’être à même de se penser comme organismes parmi
tous les autres, membres de l’écosystème.
Mais, au-delà du concept de service écologique, la « révolution »
amorcée par la Société américaine d’écologie, avec son initiative pour une
biosphère soutenable, transformée ou plutôt parachevée par le Millennium
Ecosystem Assessment
50
, a permis de faire un saut. Le déclic : l’invitation à
replacer les humains dans l’écosystème planétaire, ce que les écologues
naturalistes répugnaient à faire. Il en a résulté un renouvellement profond
de nos approches, couplant systèmes écologiques et systèmes sociaux, et
mettant en relief les liens entre bien-être humain et processus
écosystémiques. En insistant plutôt sur le fonctionnement des écosystèmes,
sur les processus écologiques qui les structurent et les animent, sur leurs
performances aussi, le MEA fit passer la pilule : en fonctionnant, les
écosystèmes mobilisent leurs acteurs vivants dans un grand nombre de
processus et de performances dont nous profitons tout naturellement comme
habitants de la biosphère. L’expression « service » est un raccourci qui,
certes, traduit une vision très anthropocentrée, mais a l’avantage de faire
reconnaître et valoriser ce que, jusque-là, nous ignorions ou traitions avec
dédain. D’où, d’ailleurs, la dégradation des écosystèmes et l’érosion de la
biodiversité qu’on déplore aujourd’hui – phénomène que Jean Dorst avait
pourtant largement et solidement étayé.
On admettra sans difficulté que, derrière les services rendus par les
écosystèmes, on a des processus écologiques (production ou décomposition
de matière organique, fixation de l’azote de l’air, pollinisation des fleurs…)
et donc des espèces qui les accomplissent. Mais il convient de souligner que
la biodiversité dont il s’agit ici ne se réduit pas aux habituels oiseaux et
mammifères charismatiques mais s’étend bien évidemment à des cortèges
mal connus, voire totalement ignorés de crustacés, de vers, de champignons
Nature au service de « ces gens-là », quelle horreur !
Cela dit, les naturalistes ont raison : les écosystèmes ne nous
fournissent rien. Ce sont les humains qui retirent des services du
fonctionnement des écosystèmes – et c’est le cas de toutes les espèces.
Toutes, en effet, en tant que constituantes des écosystèmes, contribuent aux
services que toutes en retirent, conformément à l’idée de la vie comme
tissu, réseau d’interactions. Comprendre le concept de service
écosystémique exige d’être à même de se penser comme organismes parmi
tous les autres, membres de l’écosystème.
Mais, au-delà du concept de service écologique, la « révolution »
amorcée par la Société américaine d’écologie, avec son initiative pour une
biosphère soutenable, transformée ou plutôt parachevée par le Millennium
Ecosystem Assessment
50
, a permis de faire un saut. Le déclic : l’invitation à
replacer les humains dans l’écosystème planétaire, ce que les écologues
naturalistes répugnaient à faire. Il en a résulté un renouvellement profond
de nos approches, couplant systèmes écologiques et systèmes sociaux, et
mettant en relief les liens entre bien-être humain et processus
écosystémiques. En insistant plutôt sur le fonctionnement des écosystèmes,
sur les processus écologiques qui les structurent et les animent, sur leurs
performances aussi, le MEA fit passer la pilule : en fonctionnant, les
écosystèmes mobilisent leurs acteurs vivants dans un grand nombre de
processus et de performances dont nous profitons tout naturellement comme
habitants de la biosphère. L’expression « service » est un raccourci qui,
certes, traduit une vision très anthropocentrée, mais a l’avantage de faire
reconnaître et valoriser ce que, jusque-là, nous ignorions ou traitions avec
dédain. D’où, d’ailleurs, la dégradation des écosystèmes et l’érosion de la
biodiversité qu’on déplore aujourd’hui – phénomène que Jean Dorst avait
pourtant largement et solidement étayé.
On admettra sans difficulté que, derrière les services rendus par les
écosystèmes, on a des processus écologiques (production ou décomposition
de matière organique, fixation de l’azote de l’air, pollinisation des fleurs…)
et donc des espèces qui les accomplissent. Mais il convient de souligner que
la biodiversité dont il s’agit ici ne se réduit pas aux habituels oiseaux et
mammifères charismatiques mais s’étend bien évidemment à des cortèges
mal connus, voire totalement ignorés de crustacés, de vers, de champignons
