Pour asseoir dans la durée le succès médiatique du vocable de
biodiversité les promoteurs de ce concept ont cru nécessaire d’insister sur
son utilité – comme on connaît ses saints on les honore, dit le bon sens
populaire. Utilité pour nous humains, bien entendu.
Ainsi, avec une démarche utilitariste classique, a-t-on vu d’abord
quantité d’auteurs promouvoir la valeur de la biodiversité en tant que source
de produits de consommation, comme Jean Dorst le faisait déjà à propos
des espèces et des écosystèmes. On parle de réservoir quasi infini de
molécules d’intérêt pharmaceutique ; on rappelle, à juste titre, la fourniture
de produits alimentaires – de tous nos produits alimentaires ; on énumère la
quantité de produits industriels que fabrique la nature : bois, parfums,
fibres, soie, cuirs et peaux, etc. C’est entendu, la biodiversité est pour nous
une source de richesses. Et ces biens dont nous profitons peuvent être
évalués économiquement sans difficulté puisqu’ils passent par le marché.
Ainsi, tout le monde sait que l’agriculture et l’élevage sont des biens
essentiels. On en connaît même le prix : ne fait-on pas son marché tous les
jours ? Quant à l’importance économique des divers secteurs industriels qui
s’appuient sur la biodiversité – industrie pharmaceutique, des cosmétiques,
du bois –, est-il nécessaire d’aligner les milliards de dollars ou d’euros pour
faire comprendre l’intérêt qu’il y a à préserver ces ressources ?
La difficulté d’évaluer le rôle économique de la biodiversité tient à son
omniprésence. Le concept de « service écologique » qui s’impose au
tournant du millénaire permet, lui, d’approfondir cette réflexion. Il repose
sur l’idée que les écosystèmes fonctionnent et produisent – chose que la
science écologique a mise au cœur de son champ de compétences en
promouvant le concept d’écosystème. Le terme lui-même a été introduit par
l’écologue britannique Arthur Tansley en 1935 pour caractériser le système
constitué par les organismes vivants et l’environnement physique où ils se
développent. Ce système a donc des structures et un fonctionnement.
L’article fondateur de l’écologie des écosystèmes, publié en 1942 à
titre posthume, est dû à un jeune écologue américain, Raymond Lindeman.
L’écosystème y est défini comme l’unité par excellence des échanges
d’énergie dans la nature. Mais la notion fondamentale introduite par
Lindeman est celle de cycle trophique, lequel relie les producteurs primaires
– c’est-à-dire les plantes – aux consommateurs et aux décomposeurs,
assurant ainsi la circulation de la matière dans l’écosystème. Les nutriments
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