profondément altérés dès les premières années (deux à six ans) après
l’isolement. L’extinction locale d’oiseaux, de singes et de papillons se
produisit aussi plus rapidement dans les petits que dans les grands
fragments après l’isolement. Cependant, quelques rares groupes tels que les
grenouilles et rainettes forestières restèrent stables, à cette échelle de temps,
malgré l’isolement. En outre, les chercheurs impliqués dans cette étude ont
mis en relief la diversité des effets de lisière en forêt fragmentée et
l’importance des effets liés à la nature de la matrice
47
.
Le second travail, entrepris par l’écologue australien Barry Brook de
l’université Darwin, porte sur les extinctions locales enregistrées à
Singapour cent quatre-vingt-trois ans après l’installation des Anglais
48
.
Depuis leur arrivée en 1819 dans cette île tropicale de 618 km², 95 % des
540 km² de forêt ont été déboisés. Des 3 996 espèces appartenant à des
groupes bien connus et supposées présentes à l’époque (d’après les
recensements et récoltes faits par les Britanniques – d’excellents
naturalistes comme chacun sait), 881 étaient localement éteintes cent
quatre-vingt-trois années plus tard. Des taux élevés d’extinction ont été
relevés parmi les groupes spécialistes de milieux forestiers (33 %), avec la
plus forte proportion d’espèces éteintes chez les papillons, les poissons, les
oiseaux et les mammifères (34 à 87 %). Des taux d’extinction plus faibles
(7 %) furent relevés pour des groupes d’espèces qui préfèrent ou tolèrent
des habitats ouverts ou de lisière tels que la plupart des amphibiens et des
reptiles.
En conclusion, ces deux « expérimentations » montrent : l’ampleur et
la rapidité des extinctions provoquées par la déforestation ; l’importance de
la qualité de la matrice et des effets de lisière pour la survie de beaucoup
d’espèces ; la diversité des réponses offertes par les divers groupes
considérés. On notera que ces deux derniers points, conformes à l’idée que
l’on peut se faire de la diversité biologique, n’étaient pas pris en compte
dans les extrapolations quantitatives des Myers, Ehrlich et Wilson. C’est
ainsi que progresse la science !
Et l’émergence du concept de service écologique en est un autre
aspect, qui touche à l’évolution des stratégies de conservation.
Du « à quoi ça sert » au « comment ça fonctionne »
l’isolement. L’extinction locale d’oiseaux, de singes et de papillons se
produisit aussi plus rapidement dans les petits que dans les grands
fragments après l’isolement. Cependant, quelques rares groupes tels que les
grenouilles et rainettes forestières restèrent stables, à cette échelle de temps,
malgré l’isolement. En outre, les chercheurs impliqués dans cette étude ont
mis en relief la diversité des effets de lisière en forêt fragmentée et
l’importance des effets liés à la nature de la matrice
47
.
Le second travail, entrepris par l’écologue australien Barry Brook de
l’université Darwin, porte sur les extinctions locales enregistrées à
Singapour cent quatre-vingt-trois ans après l’installation des Anglais
48
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Depuis leur arrivée en 1819 dans cette île tropicale de 618 km², 95 % des
540 km² de forêt ont été déboisés. Des 3 996 espèces appartenant à des
groupes bien connus et supposées présentes à l’époque (d’après les
recensements et récoltes faits par les Britanniques – d’excellents
naturalistes comme chacun sait), 881 étaient localement éteintes cent
quatre-vingt-trois années plus tard. Des taux élevés d’extinction ont été
relevés parmi les groupes spécialistes de milieux forestiers (33 %), avec la
plus forte proportion d’espèces éteintes chez les papillons, les poissons, les
oiseaux et les mammifères (34 à 87 %). Des taux d’extinction plus faibles
(7 %) furent relevés pour des groupes d’espèces qui préfèrent ou tolèrent
des habitats ouverts ou de lisière tels que la plupart des amphibiens et des
reptiles.
En conclusion, ces deux « expérimentations » montrent : l’ampleur et
la rapidité des extinctions provoquées par la déforestation ; l’importance de
la qualité de la matrice et des effets de lisière pour la survie de beaucoup
d’espèces ; la diversité des réponses offertes par les divers groupes
considérés. On notera que ces deux derniers points, conformes à l’idée que
l’on peut se faire de la diversité biologique, n’étaient pas pris en compte
dans les extrapolations quantitatives des Myers, Ehrlich et Wilson. C’est
ainsi que progresse la science !
Et l’émergence du concept de service écologique en est un autre
aspect, qui touche à l’évolution des stratégies de conservation.
Du « à quoi ça sert » au « comment ça fonctionne »
