les connaissances développées par l’écologie, la biogéographie, la
systématique, l’éthologie, la génétique des populations – mais tout autant
celles apportées par l’anthropologie, la sociologie, l’économie ainsi que les
sciences politiques et juridiques. Qui a dit biologie de la conservation ?
Passons… ou lisons David Takacs (1996) ! Ainsi, dans son essai critique
intitulé The Idea of Biodiversity. Philosophies of Paradise n’écrit-il pas :
« Le terme “biodiversité” apparaît comme un instrument pour une défense
zélée d’une construction sociale particulière de la nature, qui reconnaît,
analyse et déplore cette furieuse destruction de la vie sur Terre. Quand ils
brandissent le terme, les biologistes visent à changer la science, la
conservation, les habitudes culturelles, les valeurs humaines, nos idées sur
la nature, et, finalement, la nature elle-même
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. » Ça secoue, non ?
Cette nouvelle discipline, issue en fait de l’écologie au sens large, a
quatre spécificités qui la distinguent des courants de pensée et pratiques de
la protection de la nature dont elle reprend le flambeau :
(1) Elle s’appuie sur une base théorique et intègre des concepts et
modèles de l’écologie et de la génétique des populations pour les appliquer
à des situations réelles.
(2) Elle s’intéresse non à telle ou telle espèce charismatique ou
économiquement appréciée mais, indifféremment, à l’ensemble de la
biodiversité à laquelle elle accorde une valeur intrinsèque
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.
(3) Elle considère que les efforts de gestion et de conservation doivent
donc être orientés vers la totalité des écosystèmes de la planète plutôt que
vers des espèces particulières – écosystèmes qui sont appréhendés en tant
que véritables « systèmes support de vie » nécessaires à notre bien-être.
(4) Elle implique, je l’ai déjà dit, un large cortège de disciplines
scientifiques et reconnaît l’importance égale des sciences sociales pour la
pertinence et l’efficacité de sa mise en œuvre et de son développement.
Étrange cette « biologie » de la conservation, qui se reconnaît
dépendante des sciences de l’homme et de la société – et surtout qui se
déclare science d’action ? Non, en pleine cohérence avec ses objectifs et le
fait que, comme toute science, elle est une production et le reflet d’une
certaine organisation de la société. Une science impliquée donc, et fière de
l’être. Son objet – la biodiversité – n’est-il pas autant une réalité objective
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