dogmatique, le produit intérieur brut – et davantage en mesure de justifier
les stratégies proposées pour y répondre efficacement. Mais, surtout, elle
s’inscrit dans le cadre d’une compréhension écologique du monde, celui-ci
étant perçu comme un seul système planétaire dont nous sommes partie
prenante. Dans cette perspective, l’économie humaine n’est qu’une
composante de l’écosphère et l’espèce humaine un consommateur parmi
d’autres – même s’il est vrai qu’à travers ses activités de production, de
consommation et de pollution l’homme est devenu l’espèce dominante dans
la plupart des écosystèmes de la planète.
Notre empreinte écologique dépend de nos consommations – en
aliments, en bois et en combustibles fossiles – et des déchets que nous
produisons. L’organisation non gouvernementale Global Footprint Network
(GFN) installée en Californie, qui calcule chaque année depuis 2003
l’empreinte écologique de l’humanité, estime qu’il faudrait actuellement
1,4 Terre pour satisfaire nos besoins. À noter que cette estimation dépend
du mode de vie adopté et que certains pays pèsent beaucoup plus que
d’autres. Ainsi, dans son estimation de 2009, le GFN souligne qu’il faudrait
5 planètes pour satisfaire les besoins d’une humanité adoptant le train de vie
des États-Unis, 2,7 si tous s’alignaient sur la France… mais seulement 0,4
avec un mode de vie comme en Inde.
Quel que soit le caractère grossier de ce type d’indicateur, il a le grand
mérite de permettre des comparaisons dans l’espace et dans le temps, et de
nous aider à prendre conscience de nos responsabilités vis-à-vis de
l’ensemble de l’humanité, actuelle et future. Gandhi ignorait tout, et pour
cause, de la mesure de l’empreinte écologique des nations. Mais il avait
bien saisi l’essentiel quand il déclara : « Il a fallu à la Grande-Bretagne la
moitié des ressources de la planète pour accéder à la prospérité, combien de
planètes faudra-t-il à l’Inde pour son développement
30
? »
Pourquoi en sommes-nous là ? Parce que telle est la trajectoire que
notre civilisation occidentale nous a tracée : la trajectoire de la croissance.
Et il est bien vain de rétorquer, comme l’aurait fait l’écologiste américain
Edward Abbey : « La croissance pour la croissance, c’est l’idéologie de la
cellule cancéreuse », stratégie qui conduit, comme on sait, à la mort de
l’organisme dans lequel elle se multiplie. Mais si ça permet de comprendre
une bonne fois que l’on vit dans un monde fini où toute croissance
exponentielle ne saurait se poursuivre indéfiniment, pourquoi se priver de
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