techniques qui semblent sans limites. Et comme la Terre a des limites, il y a
problème !
C’est cette perception du « déséquilibre du monde moderne » qui a
aussi conduit le géochimiste Paul Crutzen (prix Nobel de chimie, 1995) à
proposer en 2000 que l’on reconnaisse une nouvelle ère dans l’histoire de la
Terre, l’Anthropocène.
L’Anthropocène
Dans son article paru dans la revue Nature en 2002, Paul Crutzen
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écrit : « Depuis trois siècles, l’impact de l’humanité sur l’environnement
planétaire s’est aggravé. En raison des émissions anthropogéniques de
dioxyde de carbone, le climat de la Terre pourrait dériver significativement
de son régime naturel pour les millénaires à venir. On peut à juste titre
désigner par le terme “Anthropocène” l’époque géologique actuelle,
dominée de diverses manières par l’Homme, qui succède à l’Holocène – la
période chaude des 10-12 derniers millénaires. On peut dire que
l’Anthropocène a commencé dans la dernière partie du XVIII e siècle,
puisque les analyses de l’air emprisonné dans les glaces polaires montrent
l’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone et de méthane à
l’échelle du globe à partir de cette époque. Cette période coïncide aussi
avec la conception de la machine à vapeur de James Watts, 1784. »
Pour justifier sa proposition, Paul Crutzen évoque alors l’expansion
accélérée de la démographie mondiale et l’utilisation croissante, par
habitant, des ressources de la Terre ; la population de bovins, producteurs de
méthane, qui dépasse le 1,4 milliard de têtes ; les quelque 40 % des terres
exploitées par les humains ; le rythme élevé de disparition des forêts
tropicales, qui augmente le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère
et l’océan et précipite l’extinction des espèces ; l’utilisation par l’humanité
de la moitié des ressources en eau accessibles de la planète ; l’effondrement
de nombreuses pêcheries. Il souligne aussi que l’utilisation de l’énergie a
été multipliée par 16 au cours du XX e siècle, engendrant des émissions de
dioxyde de soufre dans l’atmosphère à hauteur de 160 millions de t/an,
c’est-à-dire plus du double des émissions naturelles. Quant à l’agriculture,
elle consomme plus d’engrais azotés que les écosystèmes terrestres n’en
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