disparaît de l’ordre de 40 000 espèces chaque année ! Deux ans plus tard
c’est Paul Ehrlich, professeur d’écologie à Stanford, qui lance le chiffre de
250 000 espèces par an et annonce la perte de la moitié des espèces à
l’horizon 2000. De son côté, l’éminent biologiste de Harvard et parrain du
vocable « biodiversité » Edward Wilson avance la fourchette de 27 000 à
100 000 espèces par an. La mathématique de la sixième crise d’extinction
en masse était lancée – et le SOS plus qualitatif de Jean Dorst enfin pris au
sérieux.
On ne s’attachera pas ici aux chiffres avancés par Myers, Ehrlich ou
Wilson sauf à souligner deux points de fond : (1) il s’agissait d’estimations
élaborées à partir d’extrapolations fondées notamment sur les rythmes
observés de déforestation en zone intertropicale et la relation bien connue
des écologues et biogéographes entre la richesse en espèces d’un
peuplement – qu’il s’agisse de plantes, d’oiseaux ou de papillons, c’est
toujours vérifié – et la surface de l’habitat considéré ; (2) on parle
indistinctement d’espèces, comme si on pouvait s’attendre à ce que tous les
groupes d’animaux et de plantes répondent de la même manière aux
menaces bien réelles décrites par Jean Dorst et reprécisées et analysées par
l’écologie des extinctions qui s’est élaborée depuis
11
.
Certes, on s’intéresse ici, comme le faisait Jean Dorst, à l’ensemble de
la diversité du vivant. Mais, comme lui, on conservera un regard de
naturaliste, qui se porte tour à tour sur les oiseaux et les papillons, sur les
crustacés ou les vers de terre, sur l’éléphant d’Afrique ou le grand panda de
Chine – sans les confondre, biodiversité oblige !
Lorsque Dorst écrivait ce livre enfin réédité, l’UICN existait déjà, mais
sa liste rouge des espèces menacées, maintenant fameuse, n’était encore
qu’à l’état d’ébauche. Aujourd’hui, et depuis plus de quatre décennies,
l’UICN publie chaque année ses analyses sur l’évaluation des espèces de la
Terre – analyses qui se sont améliorées et étendues régulièrement. À titre
d’exemple j’ai repris ici (tableau I) le bilan dressé en 2004 – le premier à
avoir été conduit par le Consortium de la liste Rouge (commission sur la
survie des espèces de l’UICN, Center for Applied Biodiversity Science de
Conservation International et Nature Serve), le premier qui rapporte de
larges analyses en profondeur et une évaluation des risques d’extinction
pour toutes les espèces d’oiseaux et d’amphibiens puis de mammifères dès
2010. Cet effort d’élargissement du spectre des groupes et espèces analysé
c’est Paul Ehrlich, professeur d’écologie à Stanford, qui lance le chiffre de
250 000 espèces par an et annonce la perte de la moitié des espèces à
l’horizon 2000. De son côté, l’éminent biologiste de Harvard et parrain du
vocable « biodiversité » Edward Wilson avance la fourchette de 27 000 à
100 000 espèces par an. La mathématique de la sixième crise d’extinction
en masse était lancée – et le SOS plus qualitatif de Jean Dorst enfin pris au
sérieux.
On ne s’attachera pas ici aux chiffres avancés par Myers, Ehrlich ou
Wilson sauf à souligner deux points de fond : (1) il s’agissait d’estimations
élaborées à partir d’extrapolations fondées notamment sur les rythmes
observés de déforestation en zone intertropicale et la relation bien connue
des écologues et biogéographes entre la richesse en espèces d’un
peuplement – qu’il s’agisse de plantes, d’oiseaux ou de papillons, c’est
toujours vérifié – et la surface de l’habitat considéré ; (2) on parle
indistinctement d’espèces, comme si on pouvait s’attendre à ce que tous les
groupes d’animaux et de plantes répondent de la même manière aux
menaces bien réelles décrites par Jean Dorst et reprécisées et analysées par
l’écologie des extinctions qui s’est élaborée depuis
11
.
Certes, on s’intéresse ici, comme le faisait Jean Dorst, à l’ensemble de
la diversité du vivant. Mais, comme lui, on conservera un regard de
naturaliste, qui se porte tour à tour sur les oiseaux et les papillons, sur les
crustacés ou les vers de terre, sur l’éléphant d’Afrique ou le grand panda de
Chine – sans les confondre, biodiversité oblige !
Lorsque Dorst écrivait ce livre enfin réédité, l’UICN existait déjà, mais
sa liste rouge des espèces menacées, maintenant fameuse, n’était encore
qu’à l’état d’ébauche. Aujourd’hui, et depuis plus de quatre décennies,
l’UICN publie chaque année ses analyses sur l’évaluation des espèces de la
Terre – analyses qui se sont améliorées et étendues régulièrement. À titre
d’exemple j’ai repris ici (tableau I) le bilan dressé en 2004 – le premier à
avoir été conduit par le Consortium de la liste Rouge (commission sur la
survie des espèces de l’UICN, Center for Applied Biodiversity Science de
Conservation International et Nature Serve), le premier qui rapporte de
larges analyses en profondeur et une évaluation des risques d’extinction
pour toutes les espèces d’oiseaux et d’amphibiens puis de mammifères dès
2010. Cet effort d’élargissement du spectre des groupes et espèces analysé
