l’Atlantique – jusqu’à 97 % pour le requin-tigre Galeocerdo cuvieri, 98 %
pour le requin-marteau Sphryna ewini et 99 % pour le requin taureau
Carcharhinus leucas –, favorisa la prolifération de leurs proies, des espèces
plus petites de raies et d’autres requins, avec des effets en cascade
complexes. Ainsi, la prédation accrue de la raie Rhinoptera bonasus sur sa
proie, une coquille saint-jacques, fut suffisante pour mettre un terme à une
pêcherie séculaire.
C’est donc bien l’ensemble des écosystèmes marins qui sont
profondément ébranlés, leurs réseaux trophiques démaillés, leurs espèces
bouleversées : demandez aux pêcheurs, aux grands navigateurs, sinon aux
baleines ou aux morues de Terre Neuve. Des effets en cascade sur lesquels
Jean Dorst attirait déjà l’attention – un écologue naturaliste, disais-je.
L’ensemble des mers, ça veut dire 71 % de la surface de la Terre…
Curieusement, Jean Dorst a sous-estimé les menaces qui pesaient sur la
biodiversité marine. Sans doute parce qu’il connaissait la prodigieuse
fécondité des espèces marines et, comme chacun d’entre nous, l’immensité
des océans. Ainsi écrivait-il p. 354 : « Il est sans aucun doute a priori
impossible de penser qu’une espèce marine puisse être exterminée par suite
de la seule action humaine, sauf en ce qui concerne les mammifères : la
Rhytine en a fourni un lamentable exemple, et certaines Otaries à fourrure
ont été amenées au bord d’une éradication totale. Cela est impensable dans
le cas de tous les autres animaux marins, aussi bien poissons qu’invertébrés.
La mer est si vaste et la fécondité des organismes qui y vivent si démesurée
qu’une telle probabilité n’est pas à envisager en pratique. »
Il est vrai que la survenue des changements climatiques et leurs effets
sur la biodiversité n’étaient pas à l’ordre du jour en 1965. Mais venons-en
maintenant aux tentatives de bilans généraux.
Une crise d’érosion du vivant bien réelle
Les espèces meurent aussi
En 1979 paraît, sous la plume du biologiste Norman Myers, un
ouvrage des plus alarmants : l’arche de Noé est en train de couler et il
pour le requin-marteau Sphryna ewini et 99 % pour le requin taureau
Carcharhinus leucas –, favorisa la prolifération de leurs proies, des espèces
plus petites de raies et d’autres requins, avec des effets en cascade
complexes. Ainsi, la prédation accrue de la raie Rhinoptera bonasus sur sa
proie, une coquille saint-jacques, fut suffisante pour mettre un terme à une
pêcherie séculaire.
C’est donc bien l’ensemble des écosystèmes marins qui sont
profondément ébranlés, leurs réseaux trophiques démaillés, leurs espèces
bouleversées : demandez aux pêcheurs, aux grands navigateurs, sinon aux
baleines ou aux morues de Terre Neuve. Des effets en cascade sur lesquels
Jean Dorst attirait déjà l’attention – un écologue naturaliste, disais-je.
L’ensemble des mers, ça veut dire 71 % de la surface de la Terre…
Curieusement, Jean Dorst a sous-estimé les menaces qui pesaient sur la
biodiversité marine. Sans doute parce qu’il connaissait la prodigieuse
fécondité des espèces marines et, comme chacun d’entre nous, l’immensité
des océans. Ainsi écrivait-il p. 354 : « Il est sans aucun doute a priori
impossible de penser qu’une espèce marine puisse être exterminée par suite
de la seule action humaine, sauf en ce qui concerne les mammifères : la
Rhytine en a fourni un lamentable exemple, et certaines Otaries à fourrure
ont été amenées au bord d’une éradication totale. Cela est impensable dans
le cas de tous les autres animaux marins, aussi bien poissons qu’invertébrés.
La mer est si vaste et la fécondité des organismes qui y vivent si démesurée
qu’une telle probabilité n’est pas à envisager en pratique. »
Il est vrai que la survenue des changements climatiques et leurs effets
sur la biodiversité n’étaient pas à l’ordre du jour en 1965. Mais venons-en
maintenant aux tentatives de bilans généraux.
Une crise d’érosion du vivant bien réelle
Les espèces meurent aussi
En 1979 paraît, sous la plume du biologiste Norman Myers, un
ouvrage des plus alarmants : l’arche de Noé est en train de couler et il
