suivre aveuglément les bergers modernes, il a le devoir de prendre une
assurance et de ne pas rompre tous liens avec le milieu dans lequel il est
né. Si la civilisation technique moderne était une erreur, une nouvelle
civilisation pourrait naître à partir de ce qui aura été conservé de la
nature primitive. Les historiens du futur décriront alors la civilisation
technique du XX e siècle comme un cancer monstrueux qui a failli
entraîner l’humanité à sa perte totale, mais que des restes de civilisations
antérieures, souvent beaucoup plus brillantes, et des lambeaux de nature
sauvage avec lesquels elles étaient en équilibre ont rejeté par la souche
pour donner une nouvelle pousse. Loin de nous l’idée d’affirmer que la
civilisation actuelle est une erreur. Nous faisons simplement preuve d’un
certain scepticisme et nous incitons à souscrire une assurance auprès de
la nature même de notre monde.
Cela constitue aussi dans un certain sens un argument pour
conserver les souches naturelles, dont l’ensemble assurera la survie de
notre espèce en cas d’échec dans la voie actuelle de l’humanité.
Mais la conservation de la nature sauvage doit aussi être défendue
par d’autres arguments que la raison et notre intérêt immédiat. Un
homme digne de la condition humaine n’a pas à envisager uniquement le
côté utilitaire des choses. La notion de rentabilité que nous prônons
volontiers, l’aspect « fonctionnel » de tout ce que nous recherchons,
nous font commettre des erreurs impardonnables dans notre
comportement de chaque jour. La nature sauvage ne doit pas uniquement
être préservée parce qu’elle est la meilleure sauvegarde de l’humanité,
mais parce qu’elle est belle. L’homme n’existait pas encore, et cela
pendant des millions d’années, et déjà un monde semblable ou différent
du nôtre étalait ses splendeurs. Les mêmes lois naturelles régissaient son
équilibre et distribuaient montagnes et glaciers, steppes et forêts à travers
des continents. L’homme est apparu comme un ver dans un fruit, comme
une mite dans une balle de laine, et a rongé son habitat, en sécrétant des
théories pour justifier son action.
Quelles que soient la position métaphysique adoptée et la place
accordée à l’espèce humaine dans le monde, l’homme n’a pas le droit de
détruire une espèce de plante ou d’animal sous prétexte qu’elle ne sert à
rien. Nous n’avons pas le droit d’exterminer ce que nous n’avons pas
assurance et de ne pas rompre tous liens avec le milieu dans lequel il est
né. Si la civilisation technique moderne était une erreur, une nouvelle
civilisation pourrait naître à partir de ce qui aura été conservé de la
nature primitive. Les historiens du futur décriront alors la civilisation
technique du XX e siècle comme un cancer monstrueux qui a failli
entraîner l’humanité à sa perte totale, mais que des restes de civilisations
antérieures, souvent beaucoup plus brillantes, et des lambeaux de nature
sauvage avec lesquels elles étaient en équilibre ont rejeté par la souche
pour donner une nouvelle pousse. Loin de nous l’idée d’affirmer que la
civilisation actuelle est une erreur. Nous faisons simplement preuve d’un
certain scepticisme et nous incitons à souscrire une assurance auprès de
la nature même de notre monde.
Cela constitue aussi dans un certain sens un argument pour
conserver les souches naturelles, dont l’ensemble assurera la survie de
notre espèce en cas d’échec dans la voie actuelle de l’humanité.
Mais la conservation de la nature sauvage doit aussi être défendue
par d’autres arguments que la raison et notre intérêt immédiat. Un
homme digne de la condition humaine n’a pas à envisager uniquement le
côté utilitaire des choses. La notion de rentabilité que nous prônons
volontiers, l’aspect « fonctionnel » de tout ce que nous recherchons,
nous font commettre des erreurs impardonnables dans notre
comportement de chaque jour. La nature sauvage ne doit pas uniquement
être préservée parce qu’elle est la meilleure sauvegarde de l’humanité,
mais parce qu’elle est belle. L’homme n’existait pas encore, et cela
pendant des millions d’années, et déjà un monde semblable ou différent
du nôtre étalait ses splendeurs. Les mêmes lois naturelles régissaient son
équilibre et distribuaient montagnes et glaciers, steppes et forêts à travers
des continents. L’homme est apparu comme un ver dans un fruit, comme
une mite dans une balle de laine, et a rongé son habitat, en sécrétant des
théories pour justifier son action.
Quelles que soient la position métaphysique adoptée et la place
accordée à l’espèce humaine dans le monde, l’homme n’a pas le droit de
détruire une espèce de plante ou d’animal sous prétexte qu’elle ne sert à
rien. Nous n’avons pas le droit d’exterminer ce que nous n’avons pas
