créé. Un humble végétal, un insecte minuscule, contiennent plus de
splendeurs et plus de mystères que la plus merveilleuse de nos
constructions.
La nature sauvage ne sert à rien, disent les technocrates actuels.
Bien plus, elle nous gêne en prenant la place de nos cultures, en
hébergeant des parasites et en nous empêchant de faire régner partout la
loi de l’homme, basée sur la rentabilité commerciale. Supprimons-la
comme une trace de notre barbarie passée, pour oublier – encore un
complexe – que nous descendons de l’homme des cavernes.
Mais le Parthénon ne sert à rien non plus ; le raser permettrait
d’aménager des immeubles qui abriteraient une population actuellement
mal logée. Notre-Dame de Paris est complètement inutile, en tout cas
mal placée ; en abattant ses tours et ses transepts, on faciliterait la
circulation et on pourrait aménager des parkings où les employés de
bureau viendraient garer leurs voitures avant de se rendre dans les gratteciel de la métropole de demain. On demeure confondu devant la
négligence et le manque d’imagination des technocrates qui laissent
subsister des monuments aussi désuets et anachroniques que les prétoires
des forums romains, les cathédrales du Moyen Âge, le château de
Versailles, les temples de l’Inde et de l’Amérique centrale, dont la seule
raison d’être est la beauté et l’harmonie, et de conduire l’homme vers
des formes de pensée et de méditation qui n’ont heureusement rien de
« fonctionnel ».
Et pourtant l’homme, s’il s’en donnait la peine, pourrait refaire dix
fois le Parthénon. Mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon,
façonné par des millénaires d’érosion patiente, où le soleil, le vent et
l’eau ont conjugué leurs efforts ; ou reconstituer les innombrables
animaux des savanes africaines, issues d’une évolution qui a déroulé ses
méandres sinueux au cours de millions d’années, avant que l’homme ne
commence à poindre dans un obscur phylum de Primates minuscules.
L’homme a assez de raisons objectives pour s’attacher à la
sauvegarde du monde sauvage. Mais la nature ne sera en définitive
sauvée que par notre cœur. Elle ne sera préservée que si l’homme lui
manifeste un peu d’amour, simplement parce qu’elle est belle et parce
que nous avons besoin de beauté, quelle que soit la forme à laquelle nous
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