est déjà décuplée et le sera encore dans les prochaines années ; les
moyens de production, de transport, de communication, sont accélérés,
leur efficacité et leur rendement sont en progression constante. La forme
même de la pensée se trouve changée. Nous vivons une époque de
technicité et l’humaniste a fait place au technocrate. Une civilisation à
l’échelle humaine est progressivement remplacée par une civilisation de
machines et de robots qui peut-être nous dévoreront un jour comme dans
un conte d’écrivain visionnaire.
L’Homo faber d’aujourd’hui a une foi inébranlable et absolue dans
l’avenir. Demain il soulèvera les montagnes, détournera les fleuves,
récoltera des moissons dans le désert, ira sur la Lune et ailleurs. Et un
terrible concept utilitaire s’est emparé de nous. Nous ne nous intéressons
qu’à ce qui sert, à ce qui a un rendement, de préférence immédiat.
Cette confiance en notre technicité nous pousse à détruire
volontairement tout ce qui est encore sauvage dans le monde, et à
convertir tous les hommes au même culte de la mécanique. Notre
ambition est de faire des Pygmées, des Papous et des Indiens de
l’Amazone, pour ne citer que les plus « primitifs », des adeptes de notre
civilisation « occidentale », convaincus que la seule manière de
concevoir la vie est celle des habitants de Chicago, de Moscou ou de
Paris. Nous avons une foi inébranlable dans le progrès technique et dans
la nécessité d’amener le monde entier à notre propre conception des
choses. La tendance unitaire du globe est manifeste ; dans quelques
générations, de savants professeurs exposeront à leurs élèves quelles
étaient les différences dans le mode de vie et la pensée des Esquimaux et
des Bantous au XX e siècle.
Comme l’a fait remarquer le professeur Roger Heim, « l’homme
coupe les ponts avec sa propre histoire, tente d’étouffer les sources de sa
vie, et du haut de l’immense tour qu’il a construite plonge dans ce qu’il
appelle l’avenir ».
Et si l’homme s’était trompé ? Et si la confiance dans les nouveaux
jouets qu’il s’est donnés était mal placée ? La civilisation que nous
sommes en train de créer, en supprimant tout ce qui faisait le contexte de
notre vie jusqu’à présent, est peut-être une impasse ; elle ne mène peutêtre à rien, sauf à la ruine de l’humanité. Même si l’homme décide de
moyens de production, de transport, de communication, sont accélérés,
leur efficacité et leur rendement sont en progression constante. La forme
même de la pensée se trouve changée. Nous vivons une époque de
technicité et l’humaniste a fait place au technocrate. Une civilisation à
l’échelle humaine est progressivement remplacée par une civilisation de
machines et de robots qui peut-être nous dévoreront un jour comme dans
un conte d’écrivain visionnaire.
L’Homo faber d’aujourd’hui a une foi inébranlable et absolue dans
l’avenir. Demain il soulèvera les montagnes, détournera les fleuves,
récoltera des moissons dans le désert, ira sur la Lune et ailleurs. Et un
terrible concept utilitaire s’est emparé de nous. Nous ne nous intéressons
qu’à ce qui sert, à ce qui a un rendement, de préférence immédiat.
Cette confiance en notre technicité nous pousse à détruire
volontairement tout ce qui est encore sauvage dans le monde, et à
convertir tous les hommes au même culte de la mécanique. Notre
ambition est de faire des Pygmées, des Papous et des Indiens de
l’Amazone, pour ne citer que les plus « primitifs », des adeptes de notre
civilisation « occidentale », convaincus que la seule manière de
concevoir la vie est celle des habitants de Chicago, de Moscou ou de
Paris. Nous avons une foi inébranlable dans le progrès technique et dans
la nécessité d’amener le monde entier à notre propre conception des
choses. La tendance unitaire du globe est manifeste ; dans quelques
générations, de savants professeurs exposeront à leurs élèves quelles
étaient les différences dans le mode de vie et la pensée des Esquimaux et
des Bantous au XX e siècle.
Comme l’a fait remarquer le professeur Roger Heim, « l’homme
coupe les ponts avec sa propre histoire, tente d’étouffer les sources de sa
vie, et du haut de l’immense tour qu’il a construite plonge dans ce qu’il
appelle l’avenir ».
Et si l’homme s’était trompé ? Et si la confiance dans les nouveaux
jouets qu’il s’est donnés était mal placée ? La civilisation que nous
sommes en train de créer, en supprimant tout ce qui faisait le contexte de
notre vie jusqu’à présent, est peut-être une impasse ; elle ne mène peutêtre à rien, sauf à la ruine de l’humanité. Même si l’homme décide de
