Les conditions sont tout autres dans les parties du globe encore
relativement peu transformées. Il reste d’énormes espaces où, dans les
circonstances actuelles au moins, la conversion en terres de culture ou en
pâturages est impossible, sauf au prix d’investissements considérables que
ne peuvent envisager sérieusement la plupart des jeunes États. Il ne faut de
plus pas oublier que ces parties du monde se trouvent pour la plupart dans
la zone intertropicale où, du fait du climat, l’expérience acquise en région
tempérée n’est pas directement applicable. En dépit des progrès réalisés
dans nos connaissances pédologiques, il est encore prématuré de faire subir
de profondes transformations à certaines terres, qualifiées de marginales.
Leur utilisation raisonnable est néanmoins possible, ce qui permet de leur
assurer un rendement immédiat, conservant intacte la valeur du capital.
Il faut chasser de notre esprit les concepts dépassés depuis longtemps
selon lesquels la seule manière de tirer profit de la surface du globe est une
transformation complète des habitats et le remplacement des espèces
sauvages par quelques végétaux et animaux domestiques, découverts par
l’homme au Néolithique et relativement peu modifiés aux yeux des
biologistes en dépit de tous les progrès de la technique. Cela est parfois
possible et même souhaitable sous l’angle de la productivité au profit de
l’homme. Mais cela n’est pas une panacée, car il n’y a pas une, mais de
multiples solutions en fonction des circonstances.
On est revenu maintenant, mais avec 300 ans de retard, à la conception
d’aménagement du territoire. Une région donnée doit être étudiée dans son
ensemble, en fonction de la vocation de chacune de ses portions s’agençant
en mosaïque et en fonction du but recherché. La solution proposée pour sa
mise en valeur doit tenir compte de ces faits, indépendants pour la plupart
de notre volonté et liés au climat, à la nature du sol, à la géomorphologie et
aux impératifs biologiques. L’homme doit savoir les interpréter et seul un
comité de « sages » groupant les spécialistes les plus divers, de
l’économiste et du sociologue au biologiste, peut décider de la répartition
des zones, dont l’ensemble doit dans toute la mesure du possible respecter
la diversité des milieux naturels constituant les écosystèmes de notre
planète. Cela permettra à l’avenir d’éviter bien des erreurs graves, comme
cela s’est produit d’innombrables fois dans le passé. Cela évitera de
construire des barrages hydroélectriques bientôt improductifs à cause de
l’érosion et du changement du régime des eaux, et défigurant pourtant à
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