« commercialisable » (nous entendons par cette expression barbare la valeur
touristique du château de Versailles ou des palais florentins) et encore plus
d’architecture. Elle possède un attrait humain et folklorique évident, mais
qui va malheureusement en s’amenuisant chaque jour ; une bonne partie des
Africains vivent déjà de la même manière que les Européens ou les
Américains et les autres suivront à grands pas
248
. Il est à prévoir que d’ici
quelques décennies il ne restera que peu de ce qui fit l’originalité des
coutumes africaines ; un jour le folklore ne subsistera pas plus en Afrique
qu’en Bretagne ou en Provence, plus ou moins vidé de sa signification
propre. Il ne restera alors au continent noir que ses paysages naturels et sa
grande faune. Bien que parsemées de beautés naturelles – chutes d’eau
spectaculaires, montagnes équatoriales couvertes de neige, forêts
luxuriantes –, les étendues de savanes sont ailleurs monotones. Leur seul
intérêt touristique réside dans les grands mammifères qui les habitent
249
. La
survivance d’une faune prestigieuse où le biologiste trouve le thème de
mille recherches peut aussi constituer la source d’un profit matériel
considérable sur le plan économique. Les chutes Victoria, où le Zambèze se
précipite en chutes d’une beauté incomparable, sont peut-être d’un meilleur
rendement économique, en raison de l’affluence de touristes qu’elles
attirent, que si une main sacrilège les avait converties en usine
hydroélectrique. Ailleurs le tourisme cynégétique peut contribuer pour une
part à l’équilibre financier d’un pays.
On comprend dès lors l’importance économique que revêt
l’aménagement de parcs nationaux, de réserves touristiques ou
cynégétiques, ces mesures de conservation constituant également une partie
de la mise en valeur d’un pays. Les paysages, les habitats, la faune et la
flore sont des ressources naturelles dont l’homme a trop tendance à
minimiser l’importance. Cette forme de tourisme n’est bien entendu
praticable qu’à condition que des études préalables aient été entreprises par
des experts capables de mettre ensuite sur pied l’infrastructure nécessaire,
transport, hôtels, pistes, guides, publicité. Le biologiste doit intervenir lui
aussi dans ces études en mettant au point un règlement protégeant la nature
contre cette forme particulière d’« érosion » humaine. À ces conditions, les
objections des économistes à la mise en réserve de territoires, à savoir leur
improductivité, se trouvent levées. Contrairement à certaines opinions
affirmant que les réserves naturelles ne peuvent être entretenues que par des
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