conservation de ces oiseaux que lorsqu’ils couvaient leurs œufs, il n’était
permis à personne sous peine de la vie d’entrer dans les îles où ils étaient,
de peur de les effrayer et de les faire sortir de leurs nids, ni de les tuer
encore moins, ou dans les îles ou dehors, sous les mêmes peines ».
Malheureusement au milieu du siècle dernier une véritable « fièvre du
guano » s’empara du monde en raison de la valeur de cet engrais. Des
flottes entières vinrent enlever le produit qu’exploitaient des armées de
coolies asiatiques dans de véritables mines à ciel ouvert. On calcule
qu’entre 1851 et 1872, environ 10 millions de tonnes furent enlevées des
seules îles Chinchas, un des principaux centres de nidification, alors que le
stock initial ne dépassait pas 13 millions de tonnes. Entre 1848 et 1875,
20 millions de tonnes ont été exportées en tout vers l’Amérique du Nord et
l’Europe.
Cette exploitation effrénée s’accompagna d’une destruction complète
des colonies productrices : la récolte avait lieu toute l’année, même pendant
la saison de reproduction, et les ouvriers ne manquaient pas de détruire les
oiseaux à coup de bâton, pour leur « amusement » nous disent les
voyageurs de l’époque. Les œufs étaient eux-mêmes collectés et expédiés
par barils en vue de divers usages industriels.
Cela mena rapidement à une disparition totale du stock initial de
guano, qui ne se renouvelait plus. Au cours de la campagne 1909-1910,
23 000 t seulement furent collectées. Aussi devant cette grave menace pour
l’économie péruvienne, le gouvernement prit des mesures strictes et confia
la gestion de cette richesse naturelle à une sorte de régie, la Compañia
administradora del guano, fondée en 1909. Les premières mesures visèrent
à établir une protection absolue des colonies de nidification, dont
l’approche même fut dorénavant interdite. Bientôt les colonies se
régénérèrent. Sans doute l’équilibre des espèces n’est-il plus le même que
naguère, les différents types d’oiseaux de mer ayant pâti à des degrés divers
et les plus accommodants à la présence humaine ayant pris la place
prépondérante. C’est ainsi que le Cormoran de Bougainville occupe
actuellement la majeure partie des terrains disponibles et compte pour 85 %
parmi les oiseaux producteurs de guano dont on estime les effectifs totaux à
environ 15 millions d’individus.
Selon un rythme ménageant les colonies, on exploite maintenant le
guano qui chaque année se dépose sur le sol en couches épaisses de 7 à
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