d’espèces sauvages dont on exploite la production (Dorst, 1956). On sait
qu’au bord de certaines mers à haute productivité, les oiseaux marins
nichent en énormes colonies et déposent le guano, engrais réputé pour sa
haute teneur en produits azotés. Cette production a une importance
considérable sur les côtes du nord du Chili et du Pérou, en raison de
facteurs biologiques et physiques très complexes. En dépit de leurs latitudes
tropicales, ces côtes sont baignées par des eaux froides (courant de
Humboldt), riches en organismes planctoniques et en poissons, au point que
les océanographes parlent de vagues « noires d’animaux marins » et de
« purée de plancton ». Un des plus abondants de tous les poissons est un
Anchois, l’Engraulis ringens, véritable pierre angulaire de la vie marine du
courant de Humboldt. On estime ses populations à 10 000 milliards
d’individus, soit une masse de 20 millions de tonnes environ. À leurs
dépens vivent de nombreux oiseaux de mer et en particulier des
représentants de l’ordre des Pélécaniformes : Cormorans, Fous et Pélicans.
Trois espèces dominant largement les autres sont en fait les principaux
producteurs de guano : le Cormoran de Bougainville Phalacrocorax
boungainvillii, le Fou varié ou Piquero Sula variegata et le Pélican brun
Pelecanus occidentalis thagus. Ces oiseaux éminemment grégaires
établissent des colonies prospères sur de petits îlots, à peu de distance du
continent. Leur densité y est considérable, les Cormorans établissant
jusqu’à 3 nids au m 2 ; comme chaque couple élève en moyenne 2 jeunes,
12 oiseaux se pressent alors sur 1 m 2 . Tous ces oiseaux présentent la
particularité de déposer leurs excréments sur les lieux mêmes de
nidification, au lieu de les disperser comme les autres oiseaux marins.
Comme ils ne construisent pas de nids et qu’il ne pleut jamais sur la côte
péruvienne, ces matières se déposent régulièrement et finissent par former
une croûte qui s’accumule d’année en année.
Les oiseaux ayant niché sur ces îles depuis les temps les plus reculés,
le guano s’y accumulait jusqu’au siècle dernier en couches atteignant une
quarantaine de mètres d’épaisseur. Cet engrais était néanmoins déjà exploité
à l’époque précolombienne et une réglementation très stricte des Incas
protégeait d’ailleurs les oiseaux producteurs de guano. Garcilasso de la
Vega, dans son Commentaire royal, ou l’Histoire des Incas paru en 1609,
rapporte qu’« au temps des rois Incas, on était si soigneux de la
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