2. Aménagement de la grande faune dans les régions tempérées
Les premières données modernes ont été obtenues chez les Cervidés
nord-américains. À titre d’exemple, prenons le cas des Cerfs mulets
Odocoileus hemionus californicus du district de Jawbone sur le versant
occidental de la Sierra Nevada, en Californie. Ils constituent une population
d’environ 5 570 têtes, qui s’accroît annuellement de 1 800 individus, soit
32 % de la population (Leopold et al., 1951). Seuls 7 % sont abattus par les
chasseurs (400 individus) et 2 % sont victimes de prédateurs : 23 %
meurent donc annuellement des conséquences de la sous-alimentation,
représentant l’excédent de population que l’habitat ne peut nourrir ; ils
auraient pu être exploités par les chasseurs sans dommage pour le maintien
à niveau constant des effectifs, au lieu de périr misérablement dans leur
habitat en partie surpâturé.
Bien que la chasse et l’abattage d’un contingent annuel puissent
paraître au premier abord opposés à la conservation, les faits démontrent le
contraire d’une manière à première vue paradoxale. La productivité d’une
population est très nettement supérieure quand celle-ci se trouve en
équilibre avec son milieu. Une alimentation abondante favorise la
reproduction en assurant aux biches une meilleure condition physique
pendant la gestation et l’allaitement. Dans une forêt de l’Utah, Costley (cité
par Longhurst et al., 1952) a trouvé que dans des aires où l’abattage des
femelles était autorisé, et où la population était mieux équilibrée, la
mortalité des faons n’était que de 25 %, alors que ce taux s’élevait à 42 %
dans des districts où seuls les mâles étaient chassés et la population de ce
fait trop nombreuse. D’une manière apparemment paradoxale
l’accroissement de la population est nettement plus élevé dans les zones où
la pression de la chasse est plus forte
231
. Bien que ces conclusions soient
difficiles à faire admettre à certains protecteurs de la nature, elles satisfont
cependant à leurs exigences bien comprises.
Les Cervidés ne sont de loin pas les seuls auxquels de telles pratiques
sont susceptibles d’être appliquées, car tous les grands mammifères sont en
réalité dans ce cas, même les Bisons d’Amérique. D’après Fuller (1961), le
troupeau de Bisons du Wood Buffalo N. P. au Canada, comptant entre
14 000 et 16 500 individus, est devenu trop important pour son habitat. Il en
est de même dans l’Elk Island N. P., dans la province de l’Alberta. La partie
sud a été spécialement clôturée et aménagée peu avant 1950. On y lâcha 10
Les premières données modernes ont été obtenues chez les Cervidés
nord-américains. À titre d’exemple, prenons le cas des Cerfs mulets
Odocoileus hemionus californicus du district de Jawbone sur le versant
occidental de la Sierra Nevada, en Californie. Ils constituent une population
d’environ 5 570 têtes, qui s’accroît annuellement de 1 800 individus, soit
32 % de la population (Leopold et al., 1951). Seuls 7 % sont abattus par les
chasseurs (400 individus) et 2 % sont victimes de prédateurs : 23 %
meurent donc annuellement des conséquences de la sous-alimentation,
représentant l’excédent de population que l’habitat ne peut nourrir ; ils
auraient pu être exploités par les chasseurs sans dommage pour le maintien
à niveau constant des effectifs, au lieu de périr misérablement dans leur
habitat en partie surpâturé.
Bien que la chasse et l’abattage d’un contingent annuel puissent
paraître au premier abord opposés à la conservation, les faits démontrent le
contraire d’une manière à première vue paradoxale. La productivité d’une
population est très nettement supérieure quand celle-ci se trouve en
équilibre avec son milieu. Une alimentation abondante favorise la
reproduction en assurant aux biches une meilleure condition physique
pendant la gestation et l’allaitement. Dans une forêt de l’Utah, Costley (cité
par Longhurst et al., 1952) a trouvé que dans des aires où l’abattage des
femelles était autorisé, et où la population était mieux équilibrée, la
mortalité des faons n’était que de 25 %, alors que ce taux s’élevait à 42 %
dans des districts où seuls les mâles étaient chassés et la population de ce
fait trop nombreuse. D’une manière apparemment paradoxale
l’accroissement de la population est nettement plus élevé dans les zones où
la pression de la chasse est plus forte
231
. Bien que ces conclusions soient
difficiles à faire admettre à certains protecteurs de la nature, elles satisfont
cependant à leurs exigences bien comprises.
Les Cervidés ne sont de loin pas les seuls auxquels de telles pratiques
sont susceptibles d’être appliquées, car tous les grands mammifères sont en
réalité dans ce cas, même les Bisons d’Amérique. D’après Fuller (1961), le
troupeau de Bisons du Wood Buffalo N. P. au Canada, comptant entre
14 000 et 16 500 individus, est devenu trop important pour son habitat. Il en
est de même dans l’Elk Island N. P., dans la province de l’Alberta. La partie
sud a été spécialement clôturée et aménagée peu avant 1950. On y lâcha 10
