peut se maintenir. Ces zones sont d’une importance capitale pour la
conservation de la nature.
Remarquons qu’il est possible qu’un jour l’homme arrive à tirer un
profit plus immédiat des zones marginales, grâce à la mise au point de
techniques nouvelles. Le progrès permettra peut-être de les transformer plus
complètement et par conséquent d’accroître leur productivité pour le seul
bénéfice de l’homme. Nous connaissons déjà un certain nombre de cas à
travers le monde où l’homme a réussi à conférer une fertilité acquise à des
terres presque improductives à l’état naturel, voire dégradées. En France
l’exemple de la Champagne pouilleuse montre ce que peuvent faire des
travaux spéciaux de transformation des habitats. Ces perspectives
constituent des raisons supplémentaires de maintenir les zones marginales
dans un état naturel, afin de leur conserver toutes leurs potentialités et ne
pas compromettre une rentabilité future par des transformations
prématurées. L’homme qui les transformerait actuellement se trouverait
dans la situation d’un financier qui dilapiderait un capital plus rentable dans
le futur que dans l’immédiat.
Par ailleurs, consécutivement à une évolution rapide, certaines
mutations devront être opérées dans l’agriculture des pays d’Europe
occidentale, et notamment en France. La concentration des cultures dans les
zones les plus favorables à une exploitation mécanisée, devenues de
véritables « machines à produire des calories » en vue de l’alimentation
humaine, va libérer des terres devenues marginales du fait d’un rendement
désormais non compétitif. La reconversion des activités agricoles à travers
ces espaces biologiques permettra de reconsidérer leur vocation tout en en
tirant un profit important grâce à d’autres productions.
C’est donc dans ces zones que se concilient le mieux les intérêts du
protecteur de la nature et de l’économiste. La meilleure manière d’assurer la
conservation de la nature consiste à l’époque actuelle en une exploitation
rationnelle de ses ressources ; un juste revenu incite l’homme au maintien
de communautés naturelles qu’il aurait autrement tendance à vouloir
remplacer par des habitats anthropiques, à première vue plus rentables, mais
voués à une dégradation accélérée.
La première utilisation à laquelle on pense est bien entendu le maintien
d’un couvert forestier important, dont l’existence se justifie pleinement par
la demande croissante en produits ligneux dans le monde moderne.
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