d’entre eux étaient condamnés à périr en bas âge. Comme l’a dit Jean
Fourastié, « l’homme est biologiquement construit pour les mortalités
lourdes de la préhistoire ».
En dépit de circonstances complètement changées, les mythes antiques
subsistent. D’ardents zélateurs continuent à prôner la famille nombreuse,
symbole de toutes les vertus. En Amérique du Nord, un accroissement
continu de la population est considéré comme le reflet même de la
puissance d’expansion de la toujours jeune Amérique. L’Europe s’est jointe
au mouvement et est en pleine expansion démographique depuis la dernière
guerre mondiale. La France a vu sa population augmenter dans une
proportion importante, sous l’effet d’une politique méthodique de ses
dirigeants. La Suisse, si conservatrice pourtant, « oublieuse de la peine
qu’elle eut à nourrir ses enfants de 1940 à 1945, a explosé de joie imbécile
lorsqu’elle apprit qu’était né son cinq millionième citoyen » (R. Matthey
214
).
Et pendant ce temps, les peuples dits sous-développés continuent à se
multiplier à une vitesse plutôt digne de Lapins que d’êtres doués de raison.
Le manque de prise de conscience à l’échelon de l’individu est de plus
soigneusement entretenu par les dirigeants politiques. Un pays aux
nombreux enfants est un pays fort et riche, tel est le leitmotiv de discours
dans le monde entier. Beaucoup de politiciens cachent des arrière-pensées
impérialistes, sur le plan commercial comme sur le plan militaire, sous des
idées nobles, en apparence défendables
215
. Ils calculent en « matériel
humain », pour reprendre un néologisme atroce et pourtant chargé d’une
signification profonde, en vue de son utilisation pacifique ou guerrière. On
parle souvent de course aux armements, on pourrait tout aussi bien parler de
course aux populations. Dans un passé encore proche les chefs fascistes
l’ont prouvé en encourageant leurs peuples à se multiplier pour servir leur
politique d’agression à travers le monde.
L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se
débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération, avant tout en
appliquant les principes de l’hygiène et de la médecine préventive et
curative, et au risque, non négligeable d’ailleurs, de multiplier les maladies
héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection
naturelle
216
. On est parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner
Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. L’homme, par sa sagesse,
a su éliminer les causes de mortalité précoce et reculer statistiquement
Fourastié, « l’homme est biologiquement construit pour les mortalités
lourdes de la préhistoire ».
En dépit de circonstances complètement changées, les mythes antiques
subsistent. D’ardents zélateurs continuent à prôner la famille nombreuse,
symbole de toutes les vertus. En Amérique du Nord, un accroissement
continu de la population est considéré comme le reflet même de la
puissance d’expansion de la toujours jeune Amérique. L’Europe s’est jointe
au mouvement et est en pleine expansion démographique depuis la dernière
guerre mondiale. La France a vu sa population augmenter dans une
proportion importante, sous l’effet d’une politique méthodique de ses
dirigeants. La Suisse, si conservatrice pourtant, « oublieuse de la peine
qu’elle eut à nourrir ses enfants de 1940 à 1945, a explosé de joie imbécile
lorsqu’elle apprit qu’était né son cinq millionième citoyen » (R. Matthey
214
).
Et pendant ce temps, les peuples dits sous-développés continuent à se
multiplier à une vitesse plutôt digne de Lapins que d’êtres doués de raison.
Le manque de prise de conscience à l’échelon de l’individu est de plus
soigneusement entretenu par les dirigeants politiques. Un pays aux
nombreux enfants est un pays fort et riche, tel est le leitmotiv de discours
dans le monde entier. Beaucoup de politiciens cachent des arrière-pensées
impérialistes, sur le plan commercial comme sur le plan militaire, sous des
idées nobles, en apparence défendables
215
. Ils calculent en « matériel
humain », pour reprendre un néologisme atroce et pourtant chargé d’une
signification profonde, en vue de son utilisation pacifique ou guerrière. On
parle souvent de course aux armements, on pourrait tout aussi bien parler de
course aux populations. Dans un passé encore proche les chefs fascistes
l’ont prouvé en encourageant leurs peuples à se multiplier pour servir leur
politique d’agression à travers le monde.
L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se
débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération, avant tout en
appliquant les principes de l’hygiène et de la médecine préventive et
curative, et au risque, non négligeable d’ailleurs, de multiplier les maladies
héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection
naturelle
216
. On est parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner
Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. L’homme, par sa sagesse,
a su éliminer les causes de mortalité précoce et reculer statistiquement
