Le comité scientifique de la commission baleinière internationale a,
depuis plusieurs années, insisté sur la nécessité de prendre des mesures
énergiques. Un comité de trois spécialistes de la dynamique des
populations, auquel s’est joint ultérieurement un quatrième, a été formé en
1960 ; il s’est réuni à Rome puis à Seattle, et a présenté son rapport final à
la dernière session de la commission. Les conclusions de ce rapport sont
très pessimistes et confirment les avertissements que le comité scientifique
de la commission baleinière n’a cessé de donner depuis plusieurs années.
L’abolition de l’unité Baleine bleue (BWU) serait très souhaitable, car
celle-ci n’est en somme qu’un artifice permettant d’assigner une limite au
chiffre des captures. L’idéal serait de prescrire une limitation par espèce :
c’est le vœu du comité scientifique, comme celui du « comité des trois ».
Malheureusement, l’application pratique comporte des difficultés
considérables, et pour le moment, la BWU a été maintenue.
La commission a pris diverses mesures destinées à protéger les stocks
de Cétacés, en interdisant d’abord la capture des Rorquals bleus dans une
bonne partie de l’Antarctique et celles des Mégaptères dans l’hémisphère
Sud.
En dépit de ces restrictions, les populations ont cependant continué de
décliner. Nous avons vu que le Rorqual bleu est particulièrement menacé et
l’on a pu craindre son extinction virtuelle. Ses effectifs antarctiques, qui
s’abaissèrent à moins de 2 000, ne dépassent pas 6 000 individus
actuellement, alors que la population optimale serait de l’ordre de 100 000
individus. Le comité des trois spécialistes mentionné ci-dessus concluait
qu’il est possible que les populations aient régressé au-delà du minimum
requis pour une reproduction normale et que l’espèce était de ce fait même
condamnée. Les autres Rorquals se trouvent également en mauvaise
posture, ne serait-ce qu’en raison d’une pression de chasse d’autant plus
forte que le Rorqual bleu, d’un bien meilleur rendement vu sa taille, ne
compte plus dans les captures. Or il existe un conflit à propos des baleines.
En raison des impératifs de la rentabilité actuelle des campagnes de chasse
et des besoins mondiaux en matières grasses, les captures annuelles
continuent à être beaucoup trop élevées. On assiste ainsi progressivement à
la déplétion des stocks. Les espèces risquent de se raréfier jusqu’à un point
critique et une richesse naturelle d’une importance considérable est en voie
d’être dilapidée dans les années prochaines.
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