Les quelques exemples d’acclimatations évoqués dans ces pages et
choisis parmi beaucoup d’autres montrent avant tout que les importations
volontaires ou non d’espèces animales et végétales se soldent par des
échecs totaux ou par des proliférations excessives. Hormis quelques
remarquables exceptions, la plupart des « réussites » ont tourné au désastre.
Il faut se méfier de l’amateurisme en matière d’acclimatation, comme
l’ont prouvé avec éloquence les expériences du siècle passé, où l’homme
s’est amusé à transporter les animaux et les végétaux les plus inattendus à
travers le monde. Mais il faut se méfier tout autant de l’acclimatation
« scientifique ». Sauf dans des cas très particuliers, nos connaissances sur la
biologie des êtres vivants sont encore trop rudimentaires pour que nous
puissions anticiper sur les conséquences d’une introduction et juger à
l’avance de l’avenir des espèces transportées et de leur impact dans la
nature.
L’introduction d’un animal ou végétal dans un milieu où il est étranger
bouleverse l’équilibre entre les espèces autochtones et crée de nouvelles
chaînes alimentaires. Tout l’écosystème se trouve perturbé et est sujet à de
graves ruptures d’équilibre. Cela apparaît avec une netteté particulière
quand une niche écologique est vacante et que l’espèce introduite peut ainsi
rapidement devenir envahissante : le Lapin en Australie, le Cerf en
Nouvelle-Zélande, le Crabe chinois en Europe, l’Étourneau aux États-Unis,
le prouvent d’une manière éclatante. Cela apparaît aussi quand l’espèce
introduite est mieux armée dans la lutte pour la vie, qu’une espèce
autochtone écologiquement similaire, alors éliminée ; la concurrence entre
le Lapin et les Marsupiaux herbivores en Australie, celle entre la Carpe et
les poissons autochtones aux États-Unis ou celle entre l’Écureuil gris et
l’Écureuil européen ne constituent que quelques cas probants parmi tant
d’autres.
Réalisant son erreur, l’homme tente alors parfois de rétablir l’équilibre
en introduisant une espèce prédatrice, principe même de la lutte biologique.
Mais si celle-ci a abouti à de remarquables réussites en ce qui concerne les
insectes, les échecs ont été particulièrement néfastes dans le cas des
Vertébrés : le Chien, introduit aux Galapagos pour lutter contre les Chèvres,
a détruit les jeunes Reptiles ; le Chat, introduit dans certaines îles
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