Le Lapin (forme domestique) a été introduit par ailleurs dans la partie
chilienne de la Terre de Feu, aux environs de 1910, et dès 1947 y était
devenu une plaie. Il s’est répandu sur le continent sud-américain, aussi bien
au Chili qu’en Argentine. En dépit du danger, ce Rongeur a été libéré en
Amérique du Nord, sur quelques îles au large de l’État de Washington (San
Juan Islands) et de la Californie. Il risque maintenant d’être acclimaté
accidentellement sur le continent lui-même sous le nom fallacieux de « San
Juan rabbit », des contingents ayant été envoyés notamment dans l’Ohio, le
Wisconsin et la Pennsylvanie. Notons par ailleurs que le Lapin a été
introduit en Afrique du Sud sur un îlot près de Cape Town (Robben Island).
Il est à souhaiter que ces tentatives ne réussissent pas, car l’Amérique du
Nord et l’Afrique pourraient être dans le futur les théâtres d’invasions aussi
désastreuses qu’en Australie
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.
On ne saurait oublier les introductions malheureuses du Lapin dans
certaines îles subantarctiques, et notamment à Auckland, à Macquarie et à
Kerguelen. Dans cette dernière île, les souches domestiques libérées par
l’expédition anglaise du « Passage de Vénus » en 1874 ont vite pullulé. Ces
Rongeurs sont responsables d’une très grave érosion du sol et de la
disparition presque complète du Chou de Kerguelen Pringlea
antiscorbutica, Crucifère très caractéristique de Kerguelen qui ne se
maintient que sur les îlots et les falaises inaccessibles au Rongeur ; cette
disparition a entraîné la réduction dramatique d’une communauté
d’Invertébrés hautement spécialisés.
Si le Lapin se trouve maintenant largement dispersé à travers le monde
entier (fig. 50), c’est en Australie et en Nouvelle-Zélande que son
introduction a été la plus malheureuse ; la véritable « explosion » de ses
populations eut comme conséquences une série de catastrophes à l’échelle
de continents entiers. Le succès de cette acclimatation s’explique par la
grande souplesse écologique du Lapin et par son extraordinaire pouvoir de
reproduction, dont la renommée n’est pas usurpée ; une femelle, en âge de
se reproduire à 15 semaines, est susceptible de donner naissance à 8 portées
de 6 petits en moyenne par an.
Mais le succès du Lapin s’explique surtout par son irruption dans les
territoires dépourvus de prédateurs et de compétiteurs susceptibles d’en
limiter le nombre : les mammifères indigènes d’Australie sont en majorité
des Marsupiaux à première vue au moins incapables de lutter contre un
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