problèmes qui restent graves dans bien des cas et exigent une lutte coûteuse
à l’aide d’insecticides, eux-mêmes générateurs de ruptures d’équilibre.
Si l’introduction d’insectes porte surtout de graves préjudices à
l’agriculture, elle a aussi parfois de profondes répercussions sur le plan
médical. Involontairement, l’homme a transporté des insectes vecteurs de
maladies épidémiques, à l’origine de catastrophes lourdes de conséquences.
Le meilleur exemple en est sans aucun doute celui de la malaria dans le
nord-est du Brésil (Soper et Wilson, 1943).
Vers la fin de 1929 ou au début de 1930, un aviso français arrivait de
Dakar à Natal, porteur du courrier. Il amenait avec lui des passagers
clandestins : quelques Anophèles de l’espèce Anopheles gambiae,
Moustique répandu sur une bonne partie de l’Afrique et un des deux
principaux vecteurs de la malaria. Ces Moustiques jouissent de ce triste
privilège du fait qu’ils sont très étroitement adaptés à l’homme.
Contrairement à d’autres espèces d’Anophèles, et en particulier à ceux qui
habitent naturellement le nord-est du Brésil. Ils se tiennent de préférence à
l’intérieur des habitations humaines et leur cycle tout entier se déroule au
voisinage de celles-ci ; leurs larves peuvent se développer dans de
minuscules collections d’eau, même des débris de vaisselle comme on en
trouve partout autour des maisons
181
.
Ces Anophèles s’acclimatèrent immédiatement et dès mars 1930, on
collectait 2 000 larves à Natal, d’où ils se répandirent dans les environs de
la ville. Dès la fin d’avril la malaria était devenue d’une manière inattendue
un problème sérieux à Natal. En janvier 1931, 10 000 cas étaient signalés
parmi les 12 000 habitants d’un faubourg ouvrier de Natal (Alecrim) et
l’épidémie gagnait les districts environnants.
Puis, de 1932 à 1937, la malaria sembla régresser. Il y eut une période
de silence consécutive à l’éradication d’Anopheles gambiae à Natal. Cet
insecte s’était cependant établi dans d’autres localités, et dès 1937 on le
signalait dans une partie des États de Ceara et de Rio Grande do Norte
(fig. 48). En 1938, une terrifiante épidémie de malaria s’abattait sur la
région avec un taux de mortalité très élevé comme dans toute forme
épidémique ; les cas se chiffraient par centaines de mille et l’on estime que
plus de 20 000 habitants succombèrent à la maladie
182
. Les conséquences
furent catastrophiques sur le plan matériel ; la vie économique tout entière
fut paralysée dans les régions contaminées, qui se rangent parmi les plus
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