espèces préjudiciables aux cultures, pas moins de 81, soit 44 %, avaient été
importées par l’homme. Celles-ci semblent particulièrement aptes à devenir
des fléaux économiques, leur pullulation n’étant pas limitée du fait de
l’absence de leurs prédateurs et compétiteurs naturels.
Pour les Européens, le meilleur exemple est celui du Doryphore
Leptinotarsa decemlineata, Coléoptère originaire de l’ouest des États-Unis,
du Colorado au Mexique. Ce parasite des Solanées vivait sur des espèces
sauvages (Solanum rostratum entre autres) et se trouvait en équilibre avec
son environnement. Quand la mise en valeur de l’Amérique du Nord gagna
vers l’ouest et que l’extension des cultures de Pommes de terre (Solanum
tuberosum) eut atteint les limites de l’aire naturelle du Doryphore, il se
produisit un transfert de cet insecte vers l’espèce cultivée. Il montra aussitôt
un extraordinaire potentiel d’adaptation et se mit à pulluler d’autant plus
que les prédateurs qui en limitaient les effectifs sur les plantes sauvages ne
le suivirent pas sur la plante cultivée.
À partir de 1859, il commença à se répandre vers l’est et avait atteint la
côte orientale des États-Unis vers 1874, à la suite d’une extension somme
toute naturelle. De là il fut transporté par l’homme à travers l’Atlantique.
En 1876, un premier foyer d’infestation européen fut stoppé en Allemagne,
de même que plusieurs tentatives de colonisation ultérieures. Mais en 1920,
son implantation dans la région de Bordeaux ne put être endiguée et c’est de
là que le Doryphore envahit toute la France (1935), puis le reste de
l’Europe. Seules les îles Britanniques ont pu être protégées de son
envahissement par les services de protection des végétaux. Les dégâts ne
purent être réduits qu’au prix d’une lutte chimique onéreuse, sans graves
conséquences toutefois sur l’équilibre de la faune. L’histoire du Doryphore
montre comment une plante importée du Nouveau Monde par l’homme,
transformée en Europe par les pratiques culturales, puis réexportée vers
l’Amérique, a favorisé l’extension naturelle d’un parasite hors de son
habitat d’origine, puis dans toute l’aire de culture de la plante nourricière
après transport artificiel à travers l’Atlantique (Elton, 1958).
La liste des espèces d’insectes ainsi acclimatées est fort longue ; le
mécanisme d’extension, aussi varié soit-il dans le détail, se ramène au fond
toujours au même schéma général. L’irruption dans un nouveau milieu est
presque toujours suivie d’une pullulation effrénée ; la population peut
ensuite se stabiliser à un niveau plus bas, sans toutefois cesser de poser des
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