un retard de 100 ans, la Lamproie sut en profiter, pénétra dans le lac Erié,
sans toutefois y proliférer, puis ne tarda pas à faire irruption dans la rivière
Saint-Clair (en 1930), dans les lacs Huron et Michigan (en 1937) et jusque
dans la partie occidentale du lac Supérieur (en 1946). Cette invasion prit dès
lors l’allure d’une véritable explosion. Les Lamproies se multiplièrent
rapidement dans les rivières s’écoulant vers les grandes étendues d’eau et
commencèrent à exercer leurs ravages dans ces véritables mers intérieures,
où la pêche représente une ressource économique de quelque 12 millions de
dollars. Pas moins de 90 % des Truites grises Salvelinus namaycush
178
ramenées par les pêcheurs portaient de graves morsures de Lamproies, qui
s’attachent à leurs proies et les dévorent vivantes. Pour chaque victime
ayant survécu aux attaques de ces dangereux carnivores, des centaines et
peut-être des milliers meurent sur le coup sans jamais être décelées par
l’homme. Le stock de Truites et de Corégones Coregonus clupaeformis,
objets de la pêche commerciale, a donc régressé dans des proportions
catastrophiques, par suite d’une prédation à laquelle ces populations
n’étaient pas adaptées. La production totale des eaux des lacs Huron et
Michigan appartenant aux États-Unis tomba de 8,6 millions de livres de
Truites à moins de 26 000 livres. Une industrie prospère périclitait donc par
suite d’une introduction dont l’homme est indirectement responsable, ayant
créé les voies de migration par lesquelles avaient passé les prédateurs.
Cette introduction si désastreuse provoqua la création d’un comité
chargé d’étudier les moyens de combattre le fléau (Sea Lamprey
Committee, organisé par le Fish and Wildlife Service des États-Unis, en
collaboration avec les organismes similaires du Canada). Une vaste
campagne fut entreprise et l’on mit à l’essai divers procédés de destruction
des prédateurs : arrêt par grilles électriques des reproducteurs se rendant
vers leurs frayères dans les rivières au cours rapide ; destructions des larves
par toxiques (notamment usage de roténones qui tuent souvent la totalité
des poissons d’un cours d’eau) ; usage de pièges spéciaux. L’invasion n’est
cependant de loin pas arrêtée ni même limitée à l’heure actuelle. Après
l’essai de plus de 6 000 produits, on semble néanmoins disposer maintenant
de certaines substances sélectives capables d’exterminer les Lamproies sans
causer de dommages aux poissons.
Cet exemple montre à quel point un acte à première vue sans
importance – l’aménagement d’un canal navigable – peut avoir d’influence
sans toutefois y proliférer, puis ne tarda pas à faire irruption dans la rivière
Saint-Clair (en 1930), dans les lacs Huron et Michigan (en 1937) et jusque
dans la partie occidentale du lac Supérieur (en 1946). Cette invasion prit dès
lors l’allure d’une véritable explosion. Les Lamproies se multiplièrent
rapidement dans les rivières s’écoulant vers les grandes étendues d’eau et
commencèrent à exercer leurs ravages dans ces véritables mers intérieures,
où la pêche représente une ressource économique de quelque 12 millions de
dollars. Pas moins de 90 % des Truites grises Salvelinus namaycush
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ramenées par les pêcheurs portaient de graves morsures de Lamproies, qui
s’attachent à leurs proies et les dévorent vivantes. Pour chaque victime
ayant survécu aux attaques de ces dangereux carnivores, des centaines et
peut-être des milliers meurent sur le coup sans jamais être décelées par
l’homme. Le stock de Truites et de Corégones Coregonus clupaeformis,
objets de la pêche commerciale, a donc régressé dans des proportions
catastrophiques, par suite d’une prédation à laquelle ces populations
n’étaient pas adaptées. La production totale des eaux des lacs Huron et
Michigan appartenant aux États-Unis tomba de 8,6 millions de livres de
Truites à moins de 26 000 livres. Une industrie prospère périclitait donc par
suite d’une introduction dont l’homme est indirectement responsable, ayant
créé les voies de migration par lesquelles avaient passé les prédateurs.
Cette introduction si désastreuse provoqua la création d’un comité
chargé d’étudier les moyens de combattre le fléau (Sea Lamprey
Committee, organisé par le Fish and Wildlife Service des États-Unis, en
collaboration avec les organismes similaires du Canada). Une vaste
campagne fut entreprise et l’on mit à l’essai divers procédés de destruction
des prédateurs : arrêt par grilles électriques des reproducteurs se rendant
vers leurs frayères dans les rivières au cours rapide ; destructions des larves
par toxiques (notamment usage de roténones qui tuent souvent la totalité
des poissons d’un cours d’eau) ; usage de pièges spéciaux. L’invasion n’est
cependant de loin pas arrêtée ni même limitée à l’heure actuelle. Après
l’essai de plus de 6 000 produits, on semble néanmoins disposer maintenant
de certaines substances sélectives capables d’exterminer les Lamproies sans
causer de dommages aux poissons.
Cet exemple montre à quel point un acte à première vue sans
importance – l’aménagement d’un canal navigable – peut avoir d’influence
