Fig. 47. Orestias agassizi du lac Titicaca. D’après Neveu-Lemaire, Lacs des
hauts plateaux de l’Amérique du Sud, Paris, 1906.
Cette remarquable expérience naturelle est actuellement gravement
menacée par l’introduction des Salmonidés prédateurs qui font disparaître
les espèces autochtones devenues leurs proies. Plusieurs espèces sont au
bord de l’extinction. Si l’intérêt économique de cet acclimatement
n’apparaît pas encore clairement, la catastrophe scientifique est en tout cas
manifeste.
Un exemple similaire se rencontre à Célèbes où, en 1939, on découvrit
de la manière la plus inattendue un poisson siluroïde, Clarias batrachus,
inconnu jusqu’alors à l’est de Java et de Bornéo. L’enquête révéla qu’un
particulier en avait rapporté quelques individus de Java et les avait libérés
dans les eaux célébésiennes, en raison de son goût pour ce poisson qui lui
rappelait sa jeunesse. Il s’agit en réalité d’un dangereux prédateur qui se
nourrit de frai et qui risque de causer des ravages parmi des poissons de
grande importance économique. Il n’a pu être éradiqué de Célèbes où il
constitue donc une menace permanente (Schuster, 1952).
L’homme est parfois indirectement l’artisan de l’introduction de
certains poissons. Le meilleur exemple est certainement celui de la
Lamproie Petromyzon marinus dans les Grands Lacs américains (East
1949). On sait que ce « poisson » bizarre – membre d’un groupe de
Vertébrés très particuliers, celui des Agnathes – se livre à des migrations
régulières qui le mènent de la mer, où il passe la majeure partie de sa vie
vers les rivières où il se reproduit. Dans le passé, s’il s’était établi
naturellement dans le lac Ontario et dans quelques lacs de l’est des ÉtatsUnis (Finger Lakes), les fameuses chutes du Niagara constituaient
jusqu’alors un obstacle majeur à son extension. En 1829, on aménageait le
canal Welland pour permettre à la navigation de contourner les chutes ; avec
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