forestiers ; ils en ont importé une longue série d’espèces dont beaucoup se
sont parfaitement adaptées à leur nouveau milieu, souvent mieux que les
espèces autochtones. La vogue actuelle de l’« enrésinement » a été en
grande partie satisfaite par l’introduction de ces essences à croissance
rapide qui assurent un haut rendement aux forêts et ont permis la
reconstitution ou le maintien d’un couvert végétal important dans de
nombreuses régions du globe. Mais le remplacement des feuillus par des
conifères a de multiples inconvénients sur le sol (dégradation, action
défavorable sur la balance hydrique) et sur la faune, y compris le gibier.
Il faut bien entendu se garder de condamner a priori l’introduction de
ces diverses plantes arborescentes, souvent suivie de réelles et durables
réussites économiques ; il ne faut pas non plus partir en guerre d’une
manière systématique contre l’aménagement des forêts qui augmente la
productivité en bois de haute qualité. Il en est de même de l’amélioration
des pâturages par l’introduction de nouvelles espèces graminéennes. Il y a
néanmoins conflit entre le forestier et l’agronome d’une part, le
conservateur de la nature d’autre part. L’homme a délibérément détruit
certaines associations végétales par l’introduction de plantes exogènes
favorisées au détriment des plantes autochtones. Et les méthodes modernes
de la sylviculture et de l’agrostologie s’apparentent étroitement à celles de
l’agriculture : on cultive des arbres ou des graminées fourragères comme
des céréales ou des Betteraves. Cela aboutit de ce fait à la création de
milieux d’autant plus artificiels que les espèces dominantes sont le plus
souvent exogènes. Sans aucun doute le naturaliste doit comprendre la
nécessité de la mise en valeur des terres et de leur transformation en vue
d’une productivité maximale. En revanche l’économiste doit admettre la
nécessité de conserver certaines parcelles dans leur état originel, de manière
à assurer la survie, au moins à l’état de témoin, des communautés
naturelles ; ces parcelles doivent être protégées avant tout contre l’intrusion
de toute plante non autochtone qui viendrait en rompre l’équilibre. Ce n’est
que par la compréhension et la bonne volonté de tous que l’on arrivera à
concilier ces deux points de vue différents, mais parfaitement respectables
l’un et l’autre.
Un grand nombre d’autres acclimatations végétales, volontaires ou
non, se sont traduites par de véritables catastrophes.
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