« émerveillés par la perfection des équilibres naturels » (Vernet). Si le
naturaliste est partisan de la plante spontanée, mieux adaptée aux conditions
locales, l’agronome ne pense qu’à la productivité en fourrage et désire
améliorer les pâturages par l’introduction d’espèces exogènes, souvent
même après sélection en champ expérimental. Il remplace donc les
associations naturelles par des formations entièrement artificielles à plus
haut rendement ; les espèces introduites y occupent une place de premier
plan.
La liste des espèces graminéennes ou herbacées introduites dans
diverses parties du monde est fort longue et nous ne pouvons songer à la
dresser ici. Parmi les principales Graminées fourragères cultivées à travers
le monde, soit une quarantaine, 24 sont originaires d’Eurasie, 8 d’Afrique
orientale, 4 d’Amérique du Sud, et 4 des autres régions du globe. La plupart
des Légumineuses viennent d’Europe occidentale et méditerranéenne. Si
l’Amérique n’a donné qu’une seule plante importante, le Maïs-fourrage,
elle en a importé de nombreuses autres d’Europe. Divers Pâturins (blue
grasses, Poa) et Agrostis (bent grasses) ont été largement répandus et se
sont maintenant intimement incorporés à la flore nord-américaine. La
plupart des plantes fourragères rencontrées actuellement dans les pâturages
d’Australie et de Nouvelle-Zélande viennent de la région méditerranéenne.
L’acclimatation de plantes similaires dans les zones intertropicales,
beaucoup plus récente, est en pleine expansion ; on tend vers une
uniformisation des pâturages, du Brésil à l’Afrique et à l’Indonésie. Notons
que l’introduction de plantes fourragères s’est souvent accompagnée de
celle d’un cortège de « mauvaises herbes » dont les graines se trouvaient
mélangées à celles de l’espèce recherchée par l’homme, en dépit des triages
les plus sévères.
Ces diverses introductions ont donc considérablement modifié les
équilibres naturels des associations graminéennes. Leurs conséquences sur
le plan de la conservation des habitats primitifs sont considérables.
Les forêts, surtout celles des zones tempérées, se sont trouvées elles
aussi profondément transformées par l’introduction d’essences exogènes,
autant que par la sélection artificielle des essences autochtones les plus
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