débarrasser de ces produits dangereux, car les récipients sont solides, à
l’abri de toute atteinte et même si l’un d’eux était éventré pour une raison
fortuite, la profondeur des abysses, comme retranchés du monde des
vivants, mettrait l’homme à l’abri de toute atteinte.
Cela n’est que très partiellement vrai, comme l’a fait remarquer le
professeur Fontaine dès 1956. La durée de vie du récipient est très
nettement inférieure à celle de quelques-uns des corps radioactifs qu’il
contient. L’iode 129 a une période de 20 millions, le césium 135 de
3 millions et le zirconium D3 de 1 million d’années. Ces corps représentent
plus de 10 % des produits de fission des éléments lourds, uranium 235 et
plutonium 239 en particulier. On est donc en droit de se demander si les
récipients, aussi résistants soient-ils, sont réellement capables de résister un
million d’années à l’eau de mer. Les océanographes ont mis en évidence
dans les temps récents des courants marins qui, en dépit de leur lenteur
extrême, sont capables de brasser les eaux même dans les abysses. Certains
pensent qu’une circulation d’eau existe entre les fonds marins et la surface.
De plus les êtres vivants sont capables de transporter les substances le long
des chaînes alimentaires. Ces corps dangereux sont donc éventuellement
capables de revenir en surface, d’où l’homme avait cru les exclure
définitivement. Si, à moins d’accident, notre génération se trouve à l’abri de
ces déchets, on ne peut être aussi affirmatif pour celles à venir.
Les substances de déchet ayant une moindre radioactivité sont
directement évacuées dans la mer ou dans les rivières, sous le contrôle des
savants atomistes, de manière à éviter de dépasser les seuils dangereux.
D’après diverses constatations, la radioactivité des eaux qui ont servi au
refroidissement des réacteurs ou qui charrient de tels déchets reste très
faible, bien inférieure aux seuils dangereux pour l’homme, et incapable
d’apporter un trouble quelconque à la vie aquatique.
On peut admettre que dans l’état actuel des choses, à moins d’un
conflit atomique généralisé ou d’un accident grave survenant à une usine
atomique – circonstance dont la probabilité est, hélas, beaucoup plus
grande –, le monde se trouve à l’abri des effets directs des pollutions
atomiques, le risque ne dépassant pas au pire celui qui résulte d’autres
formes de l’activité humaine.
Même dans les conditions actuelles les faits sont cependant plus
compliqués à cause de la concentration biologique des corps radioactifs le
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