rationnelle des ressources naturelles ne signifie nullement leur dilapidation
ou la transformation automatique et complète des habitats. Il faut aussi
qu’ils comprennent que la conservation des milieux naturels sur une portion
du globe constitue elle aussi une utilisation des terres, au même titre que
leur modification. Une entente réaliste entre les économistes et les
biologistes peut et doit mener à des solutions de bon sens et assurer le
développement rationnel de l’humanité dans un cadre en harmonie avec les
lois naturelles.
Ceux qui s’occupent de conservation de la nature ont souvent,
curieusement, mauvaise conscience. Ils semblent s’excuser de retrancher
certaines parties de la terre de l’influence humaine et priver ainsi l’homme
d’un juste bénéfice. Il convient qu’ils abandonnent au plus vite cette
attitude et qu’ils se délivrent de ces complexes de culpabilité et
d’infériorité. Leur point de vue et leurs opinions sont aussi défendables que
celles des ingénieurs chargés de la transformation d’une région. Comme
eux et avec eux, ils doivent contribuer à la mise en valeur totale d’un
territoire, ce qui implique le maintien dans leur état originel d’une partie des
habitats naturels. La préservation d’espèces rares ne constitue que la plus
connue des multiples raisons qui justifient le bien-fondé de cette
affirmation.
Il s’agit donc d’un équilibre entre l’homme et la nature. Ce terme
« équilibre naturel » a été très mal compris et a donné lieu à de nombreuses
controverses. Pour certains, il conserve des aspects romantiques et fait
penser à Jean-Jacques Rousseau et à Bernardin de Saint-Pierre. Les
biologistes, hommes de science aussi pragmatiques et aussi réalistes que les
ingénieurs, n’y voient cependant ni un rêve de poète ni une utopie aimable.
Ils admettent parfaitement que l’homme doit modifier une partie de la
surface de la terre à son seul profit, et y intervenir par des moyens
parfaitement artificiels. Leur notion de l’« équilibre naturel » envisagé sous
son angle le plus dynamique tient compte de facteurs strictement
anthropiques
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. Mais elle dénie à l’homme le droit de transformer toute la
surface de la terre, parce qu’une telle action irait à l’encontre de ses intérêts
lointains.
Il s’agit au fond de réconcilier l’homme avec la nature. De le persuader
de signer un nouveau pacte avec elle, car il en sera le premier bénéficiaire.
Ce problème est à résoudre en bloc ; sa solution permettra au monde
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