suprême à laquelle tout doit se trouver soumis. Il n’y a donc rien d’étonnant
à ce que la protection des animaux et des végétaux n’ait reçu aucun appui
de la philosophie européenne dont notre civilisation technique procède
directement.
Quelles que soient nos opinions personnelles sur ce plan élevé, cela
n’influe en rien sur la solution du problème auquel nous avons à faire face.
Car même si l’homme avait le droit moral d’asservir le monde à son seul et
unique profit, il devrait le faire dans les meilleures conditions, et tous les
biologistes sont convaincus que cela n’est possible que s’il se plie à
certaines lois naturelles et en respectant un équilibre qu’il ne peut modifier
au-delà d’un certain point.
Si le problème de la conservation de la nature a donc atteint à l’heure
actuelle une gravité extrême, il faut remarquer qu’il se trouve modifié dans
ses données essentielles.
Quand, à la fin du siècle dernier, les naturalistes s’effrayèrent de
l’étendue des destructions opérées par ceux qui croyaient alors que les
ressources de la nature étaient inépuisables, ils n’avaient en vue que la
protection de certains animaux et végétaux en voie d’extinction. On institua
donc des réserves où ceux-ci se trouvaient à l’abri. Et ces mesures furent
suivies d’effets heureux, car elles permirent de sauver un grand nombre
d’espèces de l’extermination totale et de protéger des parcelles souvent
importantes des habitats primitifs.
Le problème n’est cependant plus du même ordre maintenant. Nous
devons encore lutter pour sauver les derniers vestiges du monde sauvage.
Mais il s’agit bien plus de préserver l’ensemble des ressources naturelles du
monde entier et de garantir à l’homme un revenu lui permettant de survivre.
Tout en sauvant l’humanité, on assurera la sauvegarde des êtres vivants qui
constituent l’ensemble de la biosphère dont elle dépend étroitement.
L’homme et la nature seront sauvés ensemble dans une heureuse harmonie,
ou notre espèce disparaîtra avec les derniers restes d’un équilibre qui n’a
pas été créé pour contrecarrer le développement de l’humanité, mais pour
lui servir de cadre.
La conservation de la nature revêt de ce fait plusieurs aspects au
premier abord fort différents, mais en fait étroitement liés. Les naturalistes
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