de notre espèce.
Ce phénomène n’est pas sans rappeler l’hypertélie observée au cours
de l’évolution de certains phylums animaux : un caractère, apparu dans une
lignée, est ensuite capable de se développer et de s’exagérer jusqu’à devenir
nuisible et contraire aux intérêts de l’espèce, sans avoir dorénavant la
moindre valeur adaptative pour celle-ci. Beaucoup de lignées ont ainsi
disparu au cours des temps géologiques par suite du développement exagéré
d’un caractère devenu monstrueux. On peut se demander s’il n’en est pas
ainsi de l’homme et de sa civilisation technique, qui lui a permis d’abord
d’atteindre un haut niveau de vie, mais dont l’excès risque de lui être fatal
6
.
Il est d’ailleurs symptomatique de constater que l’homme dépense de
plus en plus de son énergie et de ses ressources pour se protéger contre ses
propres activités et contre leurs effets pernicieux, à se protéger contre luimême au fond. Nous semblons ainsi vivre dans un univers absurde, pour
avoir tourné certaines lois qui s’appliquent à l’ensemble d’un monde dans
lequel notre lignée s’est trouvée un jour émergeant d’un obscur phylum de
petits mammifères sans prétentions.
Il faut également remarquer que l’impact de l’homme dans la nature ne
sera jamais comparable à celui d’une autre espèce zoologique, car à un
comportement biologique instinctif commun à tous les animaux viennent
s’ajouter les effets de traditions culturelles et de croyances capables de
modifier entièrement ses actions et réactions simples.
À ce point de vue il convient d’opposer les philosophies orientales à
nos conceptions occidentales. Beaucoup d’Orientaux ont en effet un respect
de la vie sous toutes ses formes, toutes procédant directement de Dieu ou
même s’identifiant à une parcelle de Lui-même
7
; l’homme fait
métaphysiquement partie d’un complexe dont il ne représente qu’un
élément.
En revanche, les philosophies occidentales mettent toutes l’accent sur
la suprématie de l’homme sur le reste de la création qui n’est là que pour lui
servir de cadre. Ces affirmations, proférées par les philosophes païens de
l’Antiquité, forment la base de l’enseignement chrétien
8
. Elles ont été
reprises par l’ensemble des philosophes de pensée occidentale
9
, y compris
les plus matérialistes d’entre eux, tous voyant dans l’homme la créature
Précédent

- 29/621

Suivant