la substitution d’habitats « humanisés » aux habitats naturels, quelles que
soient les conditions du milieu, se traduirait également par des perturbations
graves dans les systèmes terrestres dont dépend en définitive la survie de
l’homme lui-même, en affectant gravement et irrémédiablement la
productivité de l’ensemble de la biosphère.
L’homme a réussi à domestiquer quelques animaux sauvages et à les
modifier jusqu’à un certain point. Mais pas au-delà, de crainte de les faire
périr. Il en est de même de ces vastes organismes vivants que forment les
communautés biologiques. L’homme peut les asservir, les domestiquer, les
transformer au point d’en faire de véritables monstres aux yeux des
biologistes. Mais il ne peut le faire que sur une partie de la terre ; il doit
respecter un certain équilibre et se soumettre à certaines lois qui font
véritablement partie de la constitution de la matière vivante elle-même.
Or l’homme moderne a enfreint ces lois, les ayant oubliées ou, mieux,
ayant cru qu’elles ne s’appliquaient plus à son espèce, dorénavant
affranchie de tout contact avec le monde naturel.
Si son action a abouti à une série de catastrophes dont se plaignent les
naturalistes, elle a aussi mené à des désastres sur le plan de la production de
denrées dont l’homme ne peut et ne pourra jamais se passer : il sera sans
doute toujours tributaire de quelques chloroplastes chargés de chlorophylle
et noyés au sein d’une cellule végétale ; à leur niveau se synthétisent des
matières vivantes grâce à l’énergie solaire qui s’y convertit en énergie
chimique, à l’origine de longues chaînes alimentaires
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formant les
biocénoses
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. Ainsi l’homme sera toujours partie intégrante d’un système
naturel dont il devra suivre les lois fondamentales.
L’homme a par ailleurs modifié la face du globe au point de détruire
l’harmonie du cadre dans lequel il était appelé à vivre. Au lieu de paysages
équilibrés, à une échelle humaine, nous avons parfois créé des milieux
hideux, monstrueux, d’où tout élément à notre mesure a disparu.
L’atmosphère physique et morale des habitats modernes est si transformée,
si malsaine, qu’elle se trouve en contradiction flagrante avec les exigences
matérielles et spirituelles de notre espèce. Le nombre croissant de maladies
mentales, de névroses de toutes sortes – « maladies de civilisation » –
témoigne de la profonde disharmonie entre l’homme et son milieu.
Les activités humaines, portées à leur paroxysme, poussées jusqu’à
l’absurde, semblent ainsi porter en elles-mêmes les germes de destruction
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