à l’analyse. C’est d’ailleurs depuis peu d’années que l’on s’attache à leur
étude rigoureuse, et toute généralisation est source d’erreurs dans ce
domaine. Et l’homme se sera sans doute rendu sur la Lune, et bien au-delà,
avant d’avoir percé les mystères qui entourent les êtres vivants rencontrés à
sa porte.
C’est dans ce vaste complexe naturel, où nous occupons une place, que
nous devons admettre d’être intégrés, en dépit d’une position spirituelle
unique, et en dépit aussi d’un orgueil qui n’est qu’en partie légitime.
L’étude des maux dont nous souffrons actuellement et l’analyse détaillée de
leurs causes nous montrent que l’homme a enfreint gravement certaines
lois. Toute son action a visé à simplifier les écosystèmes, à canaliser leurs
productions dans un sens strictement anthropique et souvent à ralentir le
cycle de conversion des substances organiques. Elle a tendu à séparer les
éléments multiples qui se trouvent à l’origine de la richesse des habitats
naturels (par exemple les eaux salées, les eaux douces et les terres des
marais côtiers, un des milieux à la plus forte productivité organique du
monde). L’homme a de ce fait même compromis gravement la conservation
de certains habitats, liée intimement à leur complexité. Le bilan global est
ainsi toujours nettement déficitaire.
Il convient cependant d’insister sur le fait que l’homme ne peut pas
être un simple élément dans un équilibre vraiment naturel, et en tout cas pas
dès qu’il a dépassé un certain seuil de civilisation – seuil franchi dès que le
chasseur et le cueilleur de fruits sont devenus pasteur et cultivateur – en
raison des qualités de son intellect
3
. La terre dans son état primitif n’est pas
adaptée à l’épanouissement de notre espèce qui doit lui imposer certaines
contraintes pour réaliser sa propre destinée. La satisfaction de nos besoins
élémentaires, et avant tout de nos besoins alimentaires, exige un état de
violence vis-à-vis de la nature et la transformation profonde de certains
habitats, de manière à accroître dans des proportions importantes la partie
de la productivité directement ou indirectement utilisable pour notre seul
bénéfice. Nous ne pourrons jamais plus nous passer du champ et de la
prairie aménagée.
Cela ne signifie toutefois pas que l’homme doive appliquer partout la
même « recette », éradiquer la vie sauvage et transformer la surface de la
terre entière à son seul profit immédiat. Cela mènerait sûrement à la ruine
totale et irrémédiable de la quasi-totalité des espèces animales et végétales ;
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