proliférer au-delà de toute mesure dans les territoires où ils ont été
imprudemment acclimatés (voir p. 328).
Loin d’être des calamités accidentelles, les « pestes », et spécialement
les Insectes, doivent être au contraire considérées comme les conséquences
fondamentales et inévitables des pratiques agricoles et des transformations
apportées par l’homme aux habitats naturels (Kuenen, 1960). La
multiplication des plantes cultivées met soudain à la disposition de certains
animaux une énorme quantité de substances alimentaires ; de cette manière
ceux-ci en profitent et leur nombre s’accroît d’une manière parallèle, selon
une loi biologique élémentaire, surtout au cours des premiers stades de la
mise en valeur. Cela est particulièrement visible pour les céréales. Les
insectes jusqu’alors cantonnés aux Graminées sauvages – qualifiées de
« plantes hôtes de remplacement », alors qu’en réalité elles constituent les
sources d’infestation – trouvent soudain des ressources alimentaires plus
régulières, plus sûres et en quantités disproportionnées par rapport à l’état
originel. Les associations graminéennes vierges sont ainsi de vastes
réservoirs de ravageurs en puissance qui opèrent un transfert vers la plante
cultivée dès la mise en exploitation des terres aménagées. Dans les régions
semi-arides du sud-est de l’URSS, des observateurs ont noté 312 espèces
d’Insectes sur les terrains vierges ; bien que seules 135 d’entre elles se
soient retrouvées sur les champs nouvellement créés à leur voisinage, la
densité moyenne de la population d’Insectes avait néanmoins presque
doublé. Parmi la vingtaine d’Insectes des cultures devenus très abondants,
l’Altise est 20 fois et le Thrips du blé 360 fois plus nombreux que sur les
Graminées sauvages. Un transfert analogue de l’insecte de la plante hôte
autochtone vers la plante cultivée a été observé ailleurs dans le monde,
notamment en Afrique dans le cas du Sorgho (Uvarov, 1963).
Pour rétablir un équilibre et pour contrôler ces animaux nuisibles,
l’agronome a inventé des moyens de lutte artificiels en puisant dans le vaste
arsenal que le chimiste mettait à sa disposition.
Cette bataille est avant tout dirigée contre les Insectes, les animaux les
plus menaçants pour l’homme en raison de leur extraordinaire fécondité et
de leur pouvoir de destruction occasionnant aux cultures et aux forêts des
pertes considérables
83
. Par ailleurs certains d’entre eux jouent un rôle
essentiel comme vecteurs de graves maladies affectant l’homme et les
animaux domestiques, parfois les végétaux cultivés.
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