même des zones marécageuses de l’Afrique tropicale. La basse vallée du
Sénégal abrite une énorme population de Sarcelles, ainsi que la zone
d’inondation du Niger.
Or ces populations d’oiseaux remarquables à tant de points de vue et
d’un intérêt cynégétique extrême ne peuvent être protégées efficacement
que si l’on aménage sur leurs voies de migration des réserves en nombre
suffisant pour leur permettre d’hiverner dans les conditions requises,
souvent strictes et variables selon les espèces. Les Oies ont besoin de prés
humides largement découverts, les petits échassiers (Charadriidés)
affectionnent les vasières et les étendues à haute productivité que le flot
découvre à marée basse
72
.
Il apparaît donc que la sauvegarde de la sauvagine doit comprendre des
mesures de préservation des habitats aquatiques d’une ampleur
exceptionnelle. Un vaste effort de coopération internationale est à
entreprendre dans l’immédiat. La disparition de quelques-uns des maillons
essentiels de cette chaîne de relais et d’étapes de migration compromettrait
la survie des populations déjà considérablement raréfiées d’oiseaux
migrateurs
73
.
On ne saurait enfin passer sous silence le grand intérêt esthétique des
milieux aquatiques, où les peintres ont trouvé d’innombrables thèmes
d’inspiration et que les touristes fréquentent de plus en plus. Leur
disparition signifierait la perte d’une bonne partie de l’attrait et du charme
d’un pays.
Arguments économiques
Un grand nombre d’arguments économiques plaident également dans
certains cas au moins en faveur de la conservation des marécages. L’opinion
publique a souvent tendance à considérer que les zones marécageuses sont
systématiquement improductives et tout juste bonnes à recueillir les déchets
industriels ou ménagers. Le plus cher désir de beaucoup est de voir les
ingénieurs procéder à leur drainage ; ces derniers ne s’en font pas faute et,
comme le souligne Gabrielson (1962), il semble que les marécages n’aient
été créés que pour servir aux ingénieurs à faire preuve de leur art. Dans les
zones tempérées, ces habitats toujours qualifiés de « malsains » jouissent
Précédent

- 261/621

Suivant