d’une très mauvaise réputation, à la fois comme terrains perdus pour
l’homme et comme berceaux d’innombrables « miasmes » maléfiques,
allant du Moustique au farfadet ; cette réputation est ancienne et l’homme
moderne n’a pas encore réussi à se débarrasser de ce complexe. Dans les
zones tropicales il en va cependant autrement car les marais y constituent de
réels dangers pour la santé et l’hygiène publiques. Malaria et bilharziose
sont des fléaux très répandus. Le second ne peut pour l’instant être
combattu que par des drainages et l’aménagement des eaux, aux dépens de
la faune. Il convient donc d’être prudents dans nos jugements et de les
nuancer en fonction des régions du globe.
Les marécages n’en ont pas moins souvent une grande importance
économique et à ce titre la conservation de certains d’entre eux doit
s’intégrer dans la mise en valeur d’un territoire.
Ils fonctionnent avant tout comme régulateurs du débit des eaux
courantes, ayant en quelque sorte un rôle d’éponge propre à retenir l’excès
d’eau au moment des crues et à la restituer ensuite progressivement.
L’assèchement des marais et la colonisation humaine des zones inondables
contribuent puissamment à la désorganisation des systèmes fluviaux et au
déclenchement d’inondations catastrophiques.
Les marécages sont par ailleurs loin d’être improductifs sur le plan
agricole et forestier. Ils fournissent des pâturages appréciés à certaines
périodes de l’année, notamment pendant les grandes sécheresses, et leurs
ressources en bois et en autres plantes aquatiques ne sont pas négligeables.
Dans l’ensemble la productivité primaire des marais est considérable,
particulièrement celle des marais côtiers soumis au jeu des marées ; leur
influence fertilisante s’exerce même à grande distance dans la mer
(importante dans le rendement des pêcheries au large des côtes, et en
ostréiculture).
D’après des études menées aux États-Unis, en Géorgie, les marais des
estuaires produisent chaque année une moyenne de 22 t par hectare de
matière organique sèche, alors qu’un champ de blé produit environ 3,4 t,
paille et racines comprises, dans la même région et pas plus de 14 t dans les
régions les plus productives d’Europe occidentale. Bien entendu ces
quantités de matières organiques ne sont pas comparables en valeur
absolue, car dans le cas des champs une partie importante est directement
utilisable par l’homme tandis que dans le cas des marais, seule une fraction
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