En Algérie par exemple, les barrages se comblent à une cadence
respective de 300 000 m 3 par an, leurs bassins d’alimentation étant
profondément dégradés par la déforestation et le surpâturage. Le barrage de
l’oued Fodda (d’une capacité initiale de 225 millions de m 3 ) a reçu
600 000 m 3 d’apports solides par an de 1932 à 1937 ; 1,25 million de 1937
à 1941 ; et 3,75 millions de 1941 à 1947, ce qui correspond à un décapage
des sols de 7 mm par an au cours de la période actuelle (Furon 1953). Si le
processus se poursuit, l’ouvrage aura duré 80 ans au plus.
En Grèce, le barrage édifié sur le Strymon (Kerkini) a perdu un tiers de
sa capacité en 19 ans et la diminution annuelle s’élève à 5,5 millions de m 3 ,
ce qui fait que si l’érosion ne peut être arrêtée, le barrage sera devenu
inopérant au bout de 40 ans, arrêtant tous les travaux d’irrigation des
plaines de Serrés.
Le comblement des réservoirs aménagés aux États-Unis se poursuit
également avec une vitesse accélérée, certains étant comblés à 80 % en une
trentaine d’années. On estime que 39 % d’entre eux deviendront sans objet
en moins de 50 ans, et 25 % en moins d’un siècle. Dans certains cas, des
barrages sont devenus inefficaces en 10 à 15 ans du fait de l’apport de
matériaux solides. Dans le Texas, un barrage sur la rivière Colorado a perdu
47 % de sa capacité originelle en 6 ans et 9 mois ; un nouveau barrage
construit pour remplacer l’ancien perdit 83 % de sa capacité en 9 ans, et
95 % en 13 ans (Bennett, 1939).
Un exemple très démonstratif, à vrai dire exceptionnel, se rencontre en
Chine dans le cas du célèbre barrage de Kouanting, construit en 1951-1954
sur le Yungting Ho, dans la région de Pékin. Sa capacité de retenue initiale
était de 2 270 millions de m 3 . Les ingénieurs chinois ont calculé que le
transport solide est de 90 millions de m 3 , ce qui fait que la tranche morte du
réservoir risque d’être comblée en 30 à 40 ans et la longévité totale de
l’ouvrage, d’une capacité double de celle de Serre-Ponçon en France, serait
de 75 ans au maximum. Les Chinois tentent de préserver ce barrage en
reboisant le bassin drainé.
Le colmatage des retenues d’eau risque d’avoir des conséquences plus
graves encore en déterminant une pression trop forte sur les ouvrages d’art
dont il provoque la rupture. Cette catastrophe s’est produite en Algérie au
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